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Tharbad

Tharbad

Les vestiges d’une porte majestueuse s’élevaient devant le convoi. C’était une sorte de grand bastion bâti légèrement en dehors du mur d’enceinte couronné d’archères et de mâchicoulis dans un tel état de délabrement qu’ils ne servaient certainement que de refuge aux hirondelles. Je distinguai à peine sur les fortifications d’anciens motifs numénoréens. L’étoile symbolisant l’Elendilmir se dessinait évoquant l’ancien royaume d’Arnor. Une pensée réconfortante me frôla tandis qu’un parfum de fleurs printanières envahit mes narines. C’était Hiragil qui revenait les bras chargés d’un bouquet champêtre, le sourire aux lèvres. La porte était toujours fermée, les deux lourds battants étaient de construction récente. Nul motif ne les embellissaient, ils était lourds et fonctionnels.
– C’est une belle journée ! La ville à l’air immense. Je ne m’attendais pas à ça. Tiens prend ce bouquet il est pour toi – dit elle en me tendant les fleurs, l’oeil irisé par l’éclat du soleil qui s’élevait doucement dans le ciel.
– Merci, elle sont magnifiques – Je m’attardai quelques seconde sur le visage d’Hiragil qui resplendissait. Elle avait accroché quelques petites fleurs blanches tissées en guirlande dans ses cheveux blancs. Des fleurs d’Athelas qui parfumaient sa chevelure. Il y en avait aussi dans le bouquet que je tenais dans les mains. J’eu un sourire devant ce signe. Nous nous tenions devant une ancienne ville numénoréenne et l’Athelas, l’herbe des roi y poussait toujours. Hiragil avait naturellement trouvé et aimé cette plante. Avait elle en son sang un peu de cette ancienne noblesse ?
– Alors tu vas rester longtemps la bouche ouverte à me regarder ? Aide moi à monter sur le chariot je crois que les portes s’ouvrent.
– viens- dis je en lui tendant la main et en riant. Ta beauté m’a ébloui. Sais tu quelles sont ces fleurs que tu portes en couronne ?
– non, elles sont jolies hein ? Tu n’aimes pas ? J’aime leur parfum, sens !  me dit elle en plaquant ses cheveux sur mon nez.
– Tiens toi, la caravane avance. Allez prends les rennes, je passe derrière.
Hiragil se saisit des rennes et mis en branle le charriot tout en m’adressant un clin d’oeil.

Tharbad était déroutante. Des bâtisses anciennes et imposantes côtoyaient des ruines et des tentes. Les rues grouillaient, des hommes en armes croisaient des enfants qui courraient et des femmes portant de lourdes charges. Beaucoup semblaient être des mendiants ou des réfugiés, la maigreur et les blessures qu’ils affichaient ne laissaient aucun doute sur leur condition et leur souffrance. L’odeur était à la limite du supportable dans certaines rues. La caravane s’arrêtait de temps en temps pour négocier un passage. J’appris que la ville était divisée en différents territoires chacun avec sa propre gouvernance, la caravane devait s’acquitter des divers droits de passage et des vérifications d’usages. Nous eûmes ainsi le droit à un lot de fouilles et de remarques douteuses provenant de bouches avinés au sourire édenté. Je vis plus d’une fois les mâchoires d’Hiragil se crisper sous le contact d’une main trop curieuse. Heureusement Issil veillait aussi avec deux de ses compagnons, l’arme ostensiblement visible et son regard froid fixé sur les gardes. Le séjour promettait d’être difficile.

©Technochrist

©Technochrist

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Tharbad

Tharbad

Tharbad, la croisée des chemins en Sindarin, était à l’origine un immense gué sur la Gwathlo qui transformait les alentours en marécages à certaines périodes de l’année, havre des cygnes majestueux que nous, eldars, avions baptisé Nin en Eilph, le port des cygnes, avant de devenir Tharbad, la ville portuaire et une des principale garnison des Numénoréens. Tharbad nous évoquait aussi l’histoire de la rencontre d’Aldarion avec Galadriel. Mais c’est au début du Troisième âge, que Tharbad devint un vrai port accueillant les navires numénoréens et que fut bâtit, par les hommes et les nains, ce gigantesque pont qui enjambait la rivières et les marécages. Tharbad devint ainsi un centre de passage, de commerce entre le sud et le nord, refuge sur la Grande Route Royale reliant les deux grand royaume numénoréens. Tharbad reflétait la puissance et l’opulence des Numénoréens qui s’étaient imposés de force dans la région, matant les tribus Dunlendings. Elle rayonnait sur tout le sud du Cardolan.

Mais Tharbad fut victime de la Grande Peste au milieu du 3eme age qui ravagea le royaume de Cardolan et le Gondor. C’est après ce terrible moment, que Tharbad déclina rapidement. La route royale fut négligée, les brigands affluèrent de plus en plus et les tribus dunlendings récupérèrent leur autonomie. C’est une inondation après un grand hiver qui ruina définitivement Tharbad. Son pont majestueux, âme de la ville, n’y résista pas et une partie des fortifications tombèrent. Le marécage repris ses droits et les cygnes revinrent occuper la région qu’ils avaient désertée sous la pression des Numénoréens défricheurs. On raconte que la ville se reconstruit doucement, occupée aujourd’hui par les hommes, que des barons et maitre de guilde, brigands et commerçants se disputent le pouvoir, qu’on y négocie toutes sortes de choses mêmes les hommes. On y fait fortune aussi vite qu’on perd la vie. La nuit, il n’est pas rare d’entendre des râles agonisants ou le son métallique des lames qui dansent.
Tharbad est riche et dangereuse, et propice au développement de bas instincts nourris par les espions de l’Oeil qui y voit une terre fertile et intéressante. Je comprenais l’appréhension d’Issil et ses nécessaires mises en garde. La prudence était de mise, beaucoup plus qu’ailleurs. Les caravanes étaient rarement prises à partie car elles ravitaillaient la ville mais pas les incidents regrettables qui s’abattaient sur des marchands peu chanceux.
Je regardais la silhouette de la ville se découpant dans la nuit, mystérieuse et menaçante. J’inspirais profondément en pensant qu’il faudrait que je me mêle une fois encore aux hommes en évitant qu’ils ne découvrent ce que je suis. La caravane était alignée, le soleil allait bientôt apparaitre à l’horizon, je rabattis ma capuche sur mon visage tandis qu’Hiragil mettait en branle le chariot en faisant claquer le fouet.

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« Certains étaient allés dans le Nord au-delà des sources de la Fontgrise, jusque dans les Landes d’Etten ; et d’autres, vers l’Ouest, avaient exploré, avec l’aide d’Aragorn et des Rôdeurs, les terres tout le long du Flot Gris jusqu’à Tharbad, où la vieille Route du Nord traversait la rivière près des ruines d’une ville. » Le Seigneur des Anneaux – Livre II – Chapitre 3

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© Raphael Lacoste

© Raphael Lacoste

 

Ils vinrent avec les frimas
Avec le Rude Hiver et la pluie perfide
Et l’on entendait leurs pas
Caressant les terres humides

 Ils sont venus pour un soupir
Ils étaient trois
Ils sont venus le recueillir
Un vieux moine, une ombre et un roi

…. (1)

 

Les yeux perdus dans le feu qui crépitait et s’élevait vers la lune, pleine et rousse, je caressais les cordes de mon luth en chantonnant une vieille chanson évoquant la chute de Tharbad.  La caravane approchait des murs de la ville et Berend semblait plus nerveux. La ville avait mauvaise réputation et ses alentours aussi. Des histoire de bandes de pilleurs, de marchands d’esclaves, et autres se racontaient depuis ce matin dans les rangs des marchands. Chacun allant de son histoire pour faire peur ou frémir les autres. La tension était palpable sous les rires trop forts. La caravane s’était disposée en cercle sur une colline qui surplombait les alentours marécageux. Berend avait disposé des torches aux abords afin d’éclairer le campement. Je remarquais qu’Issil portait son épée que je lui avais forgée et qu’il avait enfilé sous sa chemise un pourpoint de cuir renforcé. La caravane comptait de nombreux hommes et notre campement bien situé était suffisamment bien défendu pour qu’une bande viennent s’y risquer, mais je ne connaissais pas la région et d’après Issil, il fallait être extrêmement prudent. Je n’avais remarqué aucun guetteur le long de notre route ni vu quoi que ce soit qui me laissa présager une quelconque embuscade. Mais la nuit apporte toujours sont lot d’ombres dans les esprits, le mien semblait aussi touché et je me demandais pourquoi.
Issil s’était rapproché de Berend et discutait sérieusement avec lui. Je distinguais les yeux de Berend intrigués mais qui acquiesçaient en même temps. Et je vis aussi son regard jeter brièvement un oeil vers moi comme s’il voulait s’assurer d’une intuition. Je me demandais ce qu’il pensait à mon sujet et dans quelle mesure pouvait on lui faire confiance. Hiragil se posa près de moi
– Tout le monde semble nerveux, me dit elle à voix basse. Même Issil semble sur ses gardes.
– mmh
– Je n’aime pas trop ça, je vais voir ce que raconte Issil.
Elle se leva, toujours aussi vive et ne tenant pas en place, elle se dirigea vers Issil avec sa démarche chaloupée qu’aucun regard autour du feu ne rata. Je souris à la pensée de passer inaperçu au sein d’une caravane de marchands avec Hiragil… Je décidais de chanter l’histoire d’Aldarion sixième roi de Numenor.

(1) traduction légèrement modifiée de  Trè d’A Filetta (voir lien youtube sur le blog)

sceau de Sharilaa

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Last_Remaining_Light_by_froggynaan

La tête baignée dans le vent frais, parfumé par les lauriers en fleurs et l’odeur douceâtre de la terre humide, je souriais ne pensant a rien, voguant loin, très loin, apaisée de me sentir libre, hors de la ville. La caravane avançait doucement, les marchands heureux d’avoir fait quelques affaires et encore plongé dans la frénésie des marchés en profitaient pour discuter et raconter leurs affaires. Je me laissais ballotter par le chemin mal entretenu serpentant entre de petites collines sur lesquelles on apercevait de temps à autre des petits troupeaux de moutons non loin de vieilles bergeries isolées. Je lachais prise, la musique du vent me portait vers de vieux souvenirs je me revoyais accompagnant les ambassades de Thranduil à travers les plaines de l’Ithildien, vers le Gondor. J’aimais ces longs voyages sereins. Au loin me parvient la voix d’Hiragil :

– Sharilaa ? tu m’écoutes ? Sharilaa ?!
– oui ? euh non excuses moi, je rêvais…
– pfff tu rêves tu rêves… je te parlais de Berend. Alors tu ne m’as pas dit ce qu’il s’est passé avec lui ?
– qui ? ah oui.

Jetant un oeil sur la caravane, je l’aperçu devant accompagné par un homme d’arme et discutant. Il m’avait surprise alors que je filais Hiragil accompagné par ce vieux marchand suffisant.
– Eh bien, je crois qu’il se doute de quelque chose. Je ne l’ai pas remarqué quand il s’est interposé entre moi et ce petit voleur du marché. Il m’as surprise la dague à la main et son sourire en disait long. Il a noté mon accent… bref je crois qu’il se doute que nous ne sommes pas une gentille petite famille de commerçant, et je le soupçonne d’avoir des vues sur toi ou quelque chose derrière la tête. C’est un solitaire, il parle peu mais n’hésite pas à se mêler des affaires des autres. Remarque c’est normal peut etre en tant que chef de la caravane et assurant sa sécurité.
– Des vues sur moi ?

Je tournais la tête vers elle en la regardant d’un air narquois.
– Ne fais pas ton étonnée. Tu as semé des braises dangereuses dans chaque coeur solitaire qui n’attendent que de pouvoir se réchauffer. Tu as été trop insouciante et trop légère….
– mmffff… je n’ai fait que mettre un peu de bonne humeur. Et puis c’est toi qui a mis en danger notre couverture en sortant ta dague, je te rappelle.
– Oui… je hais ces villes d’hommes pleines de violences, de goujats, d’envieux, de voleurs de bruits et toutes ces odeurs infectes… Comment faites vous pour supporter tout ça ?
– C’est la vie ! La vie est bruyante, grouillante, sans états d’âmes, dangereuse et c’est tout son charme.
– mmh… je rêve de galoper dans la plaine, sentir le vent frais fouetter mon visage. Je ne sais pas si je vais supporter toutes ces haltes dans les villes.

Issil, nous écoutait silencieusement et pris soudain la parole.
– La prochaine risque d’être autrement plus mouvementée. Tharbad n’est pas une petite bourgade provinciale. Il y a du monde et beaucoup sont dans les affaires si ce n’est tout le monde. Même la garde et les notables sont de sacrés filous. Il va falloir faire attention. Il ne faut surtout pas qu’on s’aperçoive de ton origine. Cela te vaudrais des ennuis. On raconte que les elfes sont des marchandises de premiers choix pour certains.

Je lui décochais un regard dégoutée et emplie de tristesse.
– vraiment ?! Comment cela est il possible ?
– Le monde change, les hommes dessinent l’avenir et s’emparent de tout. Ils deviennent arrogant et certains n’ont peur de rien, même des elfes.
– Mais… je me tus, préférant ne pas penser à tout cela.

Hiragil me sondait de son regard pâle.
– Nous ferons attention et notre but en vaut la peine. Je suis sûr que ce voyage nous apportera ce que nous cherchons. Et bien mal avisé celui qui tenterait une quelconque action contre nous. Nous sommes des combattants, hein Issil ?
– Oui, ça nous le sommes. Mais restons prudents.

Mes pensées me rattrapèrent et je les laissais continuer à discuter, leurs voix s’éloignaient jusqu’à n’être qu’un murmure tandis que je plongeais à nouveau dans mes souvenirs de voyages. Le Soleil déclinait doucement transformant le jour en lumière dorée dont les rayons précieux découpaient la lande. Les ombres marquées s’allongeaient, grignotant de plus en plus la plaine de ses longs doigts. Dans le ciel d’un bleu profond, les nuages s’étiraient en de longs drapés et se teintaient de rose, signe de vent. Une brise fraiche fit voler mes mèches brunes.

sceau de Sharilaa

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Dragon_Age_Stuff__Merchant_by_Mancomb_Seepwood

Toujours serrée contre son amie, Hiragil reprit d’une voix faible. Puis à mesure qu’elle retrouvait son calme, sa diction s’affermissait.
« Il faisait chaud au marché. J’ai eu très soif sans jamais pouvoir me désaltérer. Il n’y avait pas le temps. Les marchandises sont reines sur un marché et les marchands ne savent vivre que par elles.
Quand moi je vois une pomme sur un étal,0 les gens comme Alternadh ne voient qu’une pièce qui attend bêtement d’entrer dans une poche, et la leur de préférence. La taille ou la valeur de la pièce en question n’a pas d’importance.
J’ai constaté qu’il y avait plusieurs genres de vendeurs. Il y a d’abord les marchands, qui vendent le produit de leur travail. Il y a ensuite les commerçants, qui achètent aux premiers puis revendent avec un bénéfice. Pour eux, les marchands sont des outres à presser et ils veulent vendre le plus vite possible quitte à faire de petits bénéfices. Il y a enfin les négociants, qui contrairement aux deux premiers, ne limitent pas leur activité à un seul marché et investissent des sommes plus importantes sur un temps plus grand avec des bénéfices en proportion.
Les marchands sont là pour vendre une cargaison dans la journée. Avec eux il est possible de parler de la marchandise, parce qu’ils la connaissent et en sont fiers. Ce sont eux aussi qui fixent indirectement les prix du marché par la relative abondance ou pénurie d’un bien. Avec eux il est possible de négocier un prix, pour peu qu’on leur montre un peu de considération et d’intérêt pour leur art. Ce sont des gens chaleureux et humains.
Mais pour les deux autres, c’est différent. Ce sont des prédateurs à l’affût de la moindre opportunité de plumer une proie. Si nous fréquentons les mêmes endroits qu’eux, si nous respirons le même air qu’eux, nous ne vivons pas dans le même monde. Ce sont plutôt ces gens là qui voyagent dans les caravanes le long de la route verte ou de la route rouge. Ils prennent de gros risques pour aller dans des contrées lointaines et espèrent bien être payés en retour. Ils sont plus rationnels qu’émotionnels. Et s’ils veulent quelque chose, ils l’obtiennent, toujours. Parce que pour eux, l’argent n’est pas nécessairement une barrière, c’est juste un obstacle ou un moyen de leur volonté. »
Hiragil se cala tout contre Sharilaa, la tête sur son épaule.
« J’ai froid, réchauffe moi.
En fait j’ai eu froid dans ce marché suffocant, toute la journée. Juste avant de rentrer, j’ai bu une soupe qui m’a un peu réchauffée, non parce qu’elle était savoureuse ou simplement parce qu’elle sortait juste du chaudron, mais parce qu’elle était nourricière, partagée, utile.
Alternadh vit dans un monde froid et superficiel. Ce qu’il m’a montré est beau certes, mais ne vaut pas le sang de ceux qui meurent pour défendre ces terres. Et puis j’ai compris que j’étais sa proie. Il m’a regardée avec la même envie qu’une pièce d’étoffe du Harad. C’est très désagréable et gênant. Alors j’ai commencé à parler moins et réfléchir plus.
J’ai repensé au début du voyage et à cette disparition inexplicable. J’aimais bien bavarder avec ce bouvier dont je ne connaissais même pas le nom. Il était souriant et me parlait avec une certaine poésie de la ferme où il avait grandi. J’appréciais sa compagnie, simple et vraie.
Ma supposition est qu’il est entré en conflit avec d’autres, enfin au moins Alternadh pour moi qui me suis trop montrée. Il y a certainement eu intimidation, tentative de corruption, voire plus. Le bouvier était jeune, il avait l’assurance de son âge et rien à perdre : je ne l’imagine pas avoir cédé, en tout cas pas facilement. A mon avis, soit il est mort, soit il s’est perdu en acceptant de partir avec de l’or. Dans tout les cas, c’est moi qui suis la cause de sa disparition. »

Hiragil

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                                                                                                                              Market by *neisbeis

 

La matinée tirait à sa fin lorsque je retrouvais Hirilil collée au vieux marchand parmi les étals. La lumière éclatante déferlait dans les ruelles et ruisselait sur les murs pâles transformant ainsi la place du marché en une fournaise aux écoeurants parfums de viandes faisandées et d’épices, le tout lié d’effluves corporelles humaines à l’hygiène souvent plus que douteuses, à croire qu’une troupe de nains s’y était mêlée. J’avançais doucement dans la foule m’arrêtant de ci de là, semblant intéressée par quelques produits qui trônaient et me faisant happer à chaque fois par un marchand aux aguets qui me demandait de goûter, toucher, peser, vantait la qualité, le goût, la rareté, et surtout le coté dérisoire d’un prix sacrifié. Même si avec fluidité j’arrivais à esquiver ce flots de paroles, je gobais à présent quelques grains d’une grappe de raisin noir, sucré et juteux en surveillant du coin de l’oeil le manège d’Hirilil l’aguicheuse et sa proie.
La dureté du soleil était l’excuse parfaite pour le fichu clair que je portais sur ma tête, dissimulant légèrement mes traits et mes oreilles dans cet attroupement.

Je me demandais ce que cherchait Hirilil, elle souriait, semblait s’amuser, fixant son regard pétillant sur le visage bouffi et rougi de ce marchand. Je n’avais qu’une envie, prendre un cheval et sortir de là pour galoper à travers la lande, sentir le vent sur mon visage, et respirer. Je rêvais à moitié quand une main discrète et rapide effleura ma bourse. Ma dague était déjà sortie et pointée sur l’entrejambe du malotru quand je croisais le regard sombre de Beorend qui s’était saisi de l’homme assurant d’une clef de bras la main qui tenait un petit poignard effilé. Surprise par sa présence, ma dague n’eut pas le temps de rejoindre ma ceinture avant que ses yeux n’en repèrent l’éclat et s’en étonnent.
Repoussant le voleur d’un geste brusque après lui avoir pris son poignard qui détala tel un furet dans la foule, il me scruta, l’oeil inquisiteur, un léger sourire qui m’annonçait que j’étais dans de beaux draps.
« Les marchés ont toujours leur lots de vilains prêts à détrousser les jeunes étrangères naïves et sans défense. Heureusement que j’étais là pour…. lui épargner de perdre ses bourses, dit il dans un sourire satisfait.
– Je suis habitué à assurer ma sécurité toute seule…
– j’ai vu, et quelle dextérité dans le geste.
– …, mais que faites vous ici ? Me surveilliez vous ? répondis je, dans une maladroite tentative pour détourner la conversation et inverser les rôles.
– Non, je ne vous surveillais pas, je suivais votre soeur, mais vous ayant surpris faisant de même j’ai préféré me tenir un peu plus loin.
– Ma soeur… oui… pour tout vous dire, je n’aime pas vraiment ce marchand. Et mon père m’a demandé de garder un oeil sur elle.
– Votre père vous a demandé…dit il faisant semblant de réfléchir – ah oui, c’est vrai qu’il connait vos dons pour vous défendre.
Son regard ne me lâchait pas et je ne savais que faire. Je jetais toujours un regard vers Hirilil qui s’enfonçait un peu plus loin avec le marchand qui la dévorait du regard.
– Je ne dois pas perdre ma soeur, excusez moi.
– Je ne voudrais pas qu’un voleur manquant de discernement ne se retrouve eunuque et que la garde intervienne. Laissez moi vous accompagner.
Je lui jetais un regard noir qui fut aussitôt renvoyé par son sourire désarmant.
– Et puis cela nous donnera l’occasion de discuter, reprit il – Vous êtes très discrète dans la caravane, contrairement à votre soeur.
– Je ne suis pas très loquace.
Sa main se posa sur mon dos et me poussa légèrement pour me faire avancer comme si j’étais sa compagne
– Pourtant vous avez un accent charmant.
Je repris un grain de raisin rageusement tout en arguant le fait que je fus élevée petite du coté de Dale, et que mon accent était un mélange de divers endroits traversés depuis.

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Les hommes étaient déjà sur pied avant la pointe du jour, tous réunis en conciliabule, tendus, le verbe haut et tous s’adressaient à Beorend. Il se curait les dents avec un brin de paille comme s’il venait de manger, observant chacun des marchands qui l’interpellaient. Issil était parmi eux adoptant leur attitude sans toute fois prendre la parole alors qu’Hiragil, ou plutôt Hirilil, telle qu’elle se faisait appeler dans la caravane, haussait le ton devant les marchands qui la regardaient avec étonnement tout en désapprouvant. Je remarquais aussi les deux hommes d’Issil, à l’allure de marchands eux aussi, mais formant avec Issil un triangle dans le groupe avec l’un d’eux non loin de Beorend. Issil restait sur ses gardes. Je le vis demander quelque chose à Hirilil.
Elle vint vers moi, le visage fermé et plaça brutalement une casserole pleine d’eau sur le feu.
– Hirilil ? Que se passe t-il ?
– Le bouvier a disparu et on l’accuse de vol. Ils sont toujours aussi prompts à accuser sans preuves. Et Issil m’envoie faire du café ! Sans moi, il n’y a personne pour prendre sa défense !
– Ne te mêle pas des histoire de la caravane, Hirilil. Issil a raison, nous devons rester discrètes, rappelle toi. Déjà ta performance d’hier…
Hirilil bondit me coupant la parole.
– Quoi! Toi aussi tu vas t’y mettre ?
– Calme toi. Je dis juste que je n’ai pas envie que les regards s’attarde sur nous. S’ils découvrent ma condition cela va créer des problèmes. Tu le sais.
Hirilil se retourna, comme soudainement concentrée sur l’ébullition de l’eau dans le récipient de cuivre.
– Je vais faire un tour.
Pas de réponse. Hirilil était furieuse. Mieux valait ne pas envenimer les choses en restant.

Sous les premiers rayons de soleil, la rosée scintillait tandis que la brume se dissipait doucement levant le voile sur la plaine vallonnée alentours. Je remarquais les traces des sentinelles postées la nuit mais rien d’autre. Etrangement il ne semblait pas que quelqu’un se fusse écarté du campement, ou alors avec une extrême précaution. Je continuais mes recherches en faisant discrètement le tour du camp jusqu’à ce que je trouve un pièce d’argent près du bord de la rivière. Les traces étaient nombreuses mais impossible de déterminer quoi que ce soit. Beaucoup de monde s’y était rendu entre hier soir et ce matin. Le mystère restait entier.
Je revins vers le camps après mettre baignée rapidement. Le soleil touchait à peine le haut des collines et le conseil improvisé était toujours animé. Hirilil s’affairait à offrir du café à chacun avec son air fermé que je lui connaissais bien. J’en profitais pour passer des chausses de cuir souple et y dissimuler deux poignards elfiques avant d’aller m’occuper des chevaux.

La caravane allait bientôt reprendre sa route  en direction de Tharbad, que nous devrions atteindre dans 3 jours. La proximité des Vieux Galgals rendait les hommes nerveux mais nous approchions de Metraith, aujourd’hui connue sous le nom de Thalion, une des principale villes du Cardolan certains en faisaient même sa capitale. Les marchands y feraient certainement quelques affaires en s’installant un jour ou deux avant de reprendre la route. Mais, à partir de là, nous croiserons plus de monde et de villages sur la route. J’espérais que Beorend avait pris ses dispositions pour assurer la sécurité et le passage de la caravane dans les différentes régions, il semblait suffisamment habitué pour cela et je ne m’inquiétais pas outre mesure.
Les chevaux étaient prêts et les hommes se dispersaient pour rejoindre leur chargement afin de reprendre la route tandis que le soleil s’élevait apportant avec lui une légère brise d’ouest.

 

Sharilaa

 

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La table était couverte de cartes, de parchemins et de livres anciens, à tel point qu’elle semblait prise d’assaut. Les rouleaux se pressaient contre d’énormes volumes, les flammes des bougies telles des tours de guets faisaient danser une armée d’ombres et je m’activais autour comme un général haranguant ses troupes.

Le Cardolan était le centre de mes préoccupations. Une vaste terre sans roi, divisée dont on ne recevait que de rares nouvelles, souvent contradictoires mais toujours inquiétantes.
Hiragil m’avait suggérée de rejoindre Long Daer, l’ancienne cité Numénoréenne proche de l’antique Vinyalondë. Vinyalondë…. batie par Aldarion(1). Je me souvenais des histoires qu’on me chantait enfant. Les reste de cette cité avaient permis à Tar-Minastir et sa puissante armée de débarquer et d’arriver à temps pour soutenir Gil-Galad (2).
Ainsi Hiragil avait peut être raison, Long Daer avait vu les hommes se joindre aux eldars dans leur combat contre Sauron. Y trouverais je quelque chose ? Je décidais de me fier à son instinct.
Mais avant ça, je devais récupérer des informations sur le Cardolan et établir le meilleur chemin pour parvenir sur la côte. Deux voies s’ouvraient : Descendre la Brandevin puis longer Eryn Vorn et traverser les vastes plaines de Minhiriath. Ou partir de l’Eregion, suivre la Gwathlo en passant par Tharbad et rejoindre ainsi Suduri et Long Daer.

Le premier chemin était long et nous obligeait une grande traversée de plaines sans arbres en espérant pouvoir être accueilli dans les divers villages ou forteresses comme Barad Eden, Minas Emrys, et à travers les divers clans de cette régions. Les plaines étaient sillonnées d’innombrables cours d’eau ce qui lui valait son appellation. Nous serions vite reconnaissables comme étant étrangers dans ce territoire déserté et impossible donc de voyager en toute discrétion. Sans compter que les abords d’Eryn Vorn m’inquiétaient.
L’autre était simple, nous laisser glisser le long de la Gwathlo mais nous devrions traverser Tharbad et ses marais inondés au printemps. La route était empruntée par des marchands pour rejoindre les différentes forteresses et villages le long du fleuve. Mais le voyage n’en restait pas moins dangereux, mercenaires, agents, et pilleurs étaient légions. Tharbad était même d’après certains échos sous le jougs de brigands. Par contre nous pourrions prendre l’allure de marchands et espérer nous fondre parmi eux. Le choix était difficile.
Peut être aussi devrais je partir seule, deux femmes sur les routes éveillent les soupçons et aussi l’envie… Seule je pourrais me fondre plus aisément dans mon environnement et voyager plus vite. Mais Hiragil n’apprécierait certainement pas.
Je devais en connaitre plus sur cette région, aussi bien sur sa flore et sa faune que sur sa politique. De plus ces terres étaient aussi sillonnées par les agents de Sauron et du sorcier d’Angmar. Je devais m’assurer de notre route mais aussi des moyens de nous mettre à couvert ou de trouver refuge si besoin était. Issil devait aussi connaitre du monde dans cette région. Il avait patrouillé pour le Gondor à l’Est du Cardolan. Il fallait que je le rencontre pour en parler.

Les deux mains sur la table, penchée sur les cartes, je regardais ce vaste territoire inconnu. Où passerais je ? Que me réservait il ? Et les ombres continuaient leur danse inquiétante comme autant d’avertissements.

(1) « Et naviguant le long des côtes vers le sud, il s’émerveilla à la vue des forêts de haute futaie ; et à l’embouchure de la rivière que les Númenóréens avaient surnommée Gwathir, la Rivière de l’Ombre, il fonda Vinyalondë, le Nouveau Port. » Contes et légendes inachevés : le Second Âge – Aldarion et Erendis

(2) « Le premier signe de l’Ombre qui devait offusquer Númenor survint sous le règne de Tar-Minastir, onzième Roi. Ce fut lui qui manda une puissante armada au secours de Gil-galad. Il aimait les Eldar, mais il les jalousait. » Le Seigneur des Anneaux – Appendice A

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