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Archive for the ‘Les murmures d’Eriador’ Category

Tharbad (2)

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Alternadh s’approcha tranquillement du chariot que conduisait la jeune et naïve Hirilil :

–  » Nous sommes entrés dans Tharbad par Annon Forth, la porte du nord. Après avoir quitté la voie principale, Menetar, nous avons descendu l’allée Hael puis la rue Lymin jusqu’à la place Heled qui était une place des plus renommée du temps de la grandeur de la ville. C’est en effet ici que se trouvait la guilde des souffleurs de verre, venus de Fornost, qui a fait la réputation de l’artisanat de cette ville. Nous avons cheminé parallèlement au Cherant Echor, le canal-boulevard. Nous avons ainsi évité les quartiers de la nuit, où se passent toutes sortes d’activités licencieuses dès le crépuscule. Je pense que Beorend a fait ce détour exprès pour vous.

– Vraiment vous le pensez Alternadh ? Beorend ne m’a pas l’air ce genre d’homme pourtant. Les affaires avant tout non ?

– Justement, fraîche Hirilil, s’il avait suivi le chemin habituel, par le quartier des troubadours, d’aucuns auraient pu se méprendre sur les marchandises convoyées par la caravane. »

Le marchand appuya cette dernière remarque par un regard plein de sous-entendus à l’adresse de la jeune gondoréenne.

– » Et c’est malheureusement ici que je dois quitter la caravane. Pour ma part, je vais passer sur la rive sud et de là embarquer pour remonter la Gwathlo afin de rentrer chez moi. Hirilil, j’aimerais vous proposer de m’accompagner là bas et d’y attendre le retour de votre père qui vous reprendra à son retour. Cela aura non seulement le mérite de vous faire éviter les aléas de la route, mais en plus je pourrais vous prendre comme apprentie afin de vous former sur les rudes marchés de cette ville. Qu’en pensez vous ?

– Qu’a dit mon père ?

– Je lui en ai parlé hier soir, répondit-il avec un rictus vainqueur. Il m’a dit qu’il ne vous empêcherait pas de partir si tel était votre choix. Je devine donc que cette proposition aurait l’heur d’avoir quelques agréments pour vous. »

Il fit une révérence, la main ouverte vers le ciel, et son mouvement se finit de telle façon que cette main se trouve devant Hiragil qui n’avait plus qu’à poser la sienne dedans pour consentir. La jeune femme considéra un long instant la paume offert, interdite. Alternadh ne broncha pas et maintint sa proposition en gardant sa posture :

–  » Je comprends que…

– Non, Alternadh. Non, je ne viendrai pas. J’ai encore beaucoup à… C’est ainsi. »

Le marchand eut beaucoup de mal à cacher sa déception, et reprit, légèrement pâle

– « Je suis confus, demoiselle Chantechêne. C’est moi je… j’espère que ma proposition ne vous a pas parue déplacée. Et je me permet de maintenir mon invitation si jamais elle vous devenait un jour opportune.

– Vous savez bien que nous ne viendrons pas. Pourquoi insister ? » répondit alors la soeur ainée sur un ton ferme.

Le sourire de contenance du marchand disparut aussitôt et le sang parut fuir tout son visage. Il se détourna et s’éloigna sans plus un mot. Les épaules basses tanguaient au rythme lent de son chariot, bringuebalant sur toutes les imperfections de la voie boueuse.

Il n’y avait qu’une seule auberge sur la place aux orgueilleuses bâtisses fatiguées. Au centre une fontaine d’où l’eau sourdait à peine attirait tous les chalands en quête de relative fraicheur en cette fin de matinée estivale. L’auberge était à l’image de cette ville, oscillante entre vénérabilité et décrépitude, au gré des crues du fleuve.

Issil prit deux chambre pour deux nuits, temps durant lequel la caravane s’arrêterait à Tharbad. L’aubergiste en voyant les deux jeunes sœurs Chantechêne leur déconseilla de sortir seules le soir dans les rues de la ville et surtout d’éviter les docks. Les deux femmes inclinèrent la tête comme pour acquiescer. Elles passèrent d’ailleurs la journée dans leur chambre et ne descendirent dans la salle commune qu’à l’heure du repas, à l’appel de leur père. Beorend était là lui aussi, et il les regardait discrètement en buvant, en mangeant.

Le lendemain matin, elles décidèrent d’aller se promener le long du canal pour se rapprocher du quartier des ménestrels qui ne devait pas présenter de grands risques en plein jour. La plus jeune sortit tête nue, et l’ainée couverte de sa houppelande grise, comme à leur habitude.

Le canal n’était délabré mais résistait, comme toute la cité. L’eau paresseuse se glissait mollement entre les algues qui s’étaient développées sur toute la vase accumulée depuis des siècle d’incurie. Quelques poissons alanguis profitaient de cette manne. Les murs en pierre du canal étaient colonisés par les herbes qui s’employaient à les déchausser à l’aide de leurs petites racines ; certains blocs du bord n’étaient d’ailleurs plus très stables. Des bouts de chaîne en fer rouillées pendaient le long des berges inusitées. L’humidité laissée par la nuit avait séché depuis longtemps sur les pavés désordonnés recouverts d’une fine pellicule verte qui les rendait un peu glissants.

Les deux sœurs bavardaient tranquillement au début, en rimes pour le plus grand plaisir de la plus jeune. Au fur et à mesure qu’elles progressaient, elles n’arrêtaient pas de se montrer des scènes et des vues qui flattaient autant leur sens du vrai que celui de la nostalgie. Shaela venait de montrer un grenier ouvert à Hirilil quand celle-ci s’arrêta brusquement. Elle avait les yeux écarquillés, la bouche entrouverte et les poils dressés sur ses avant-bras dénudés. Elle se glissa contre le mur et dit tout bas  :

– « Cache moi, vite »

Hiragil, fille du Corbeau

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Tharbad

Tharbad

Les vestiges d’une porte majestueuse s’élevaient devant le convoi. C’était une sorte de grand bastion bâti légèrement en dehors du mur d’enceinte couronné d’archères et de mâchicoulis dans un tel état de délabrement qu’ils ne servaient certainement que de refuge aux hirondelles. Je distinguai à peine sur les fortifications d’anciens motifs numénoréens. L’étoile symbolisant l’Elendilmir se dessinait évoquant l’ancien royaume d’Arnor. Une pensée réconfortante me frôla tandis qu’un parfum de fleurs printanières envahit mes narines. C’était Hiragil qui revenait les bras chargés d’un bouquet champêtre, le sourire aux lèvres. La porte était toujours fermée, les deux lourds battants étaient de construction récente. Nul motif ne les embellissaient, ils était lourds et fonctionnels.
– C’est une belle journée ! La ville à l’air immense. Je ne m’attendais pas à ça. Tiens prend ce bouquet il est pour toi – dit elle en me tendant les fleurs, l’oeil irisé par l’éclat du soleil qui s’élevait doucement dans le ciel.
– Merci, elle sont magnifiques – Je m’attardai quelques seconde sur le visage d’Hiragil qui resplendissait. Elle avait accroché quelques petites fleurs blanches tissées en guirlande dans ses cheveux blancs. Des fleurs d’Athelas qui parfumaient sa chevelure. Il y en avait aussi dans le bouquet que je tenais dans les mains. J’eu un sourire devant ce signe. Nous nous tenions devant une ancienne ville numénoréenne et l’Athelas, l’herbe des roi y poussait toujours. Hiragil avait naturellement trouvé et aimé cette plante. Avait elle en son sang un peu de cette ancienne noblesse ?
– Alors tu vas rester longtemps la bouche ouverte à me regarder ? Aide moi à monter sur le chariot je crois que les portes s’ouvrent.
– viens- dis je en lui tendant la main et en riant. Ta beauté m’a ébloui. Sais tu quelles sont ces fleurs que tu portes en couronne ?
– non, elles sont jolies hein ? Tu n’aimes pas ? J’aime leur parfum, sens !  me dit elle en plaquant ses cheveux sur mon nez.
– Tiens toi, la caravane avance. Allez prends les rennes, je passe derrière.
Hiragil se saisit des rennes et mis en branle le charriot tout en m’adressant un clin d’oeil.

Tharbad était déroutante. Des bâtisses anciennes et imposantes côtoyaient des ruines et des tentes. Les rues grouillaient, des hommes en armes croisaient des enfants qui courraient et des femmes portant de lourdes charges. Beaucoup semblaient être des mendiants ou des réfugiés, la maigreur et les blessures qu’ils affichaient ne laissaient aucun doute sur leur condition et leur souffrance. L’odeur était à la limite du supportable dans certaines rues. La caravane s’arrêtait de temps en temps pour négocier un passage. J’appris que la ville était divisée en différents territoires chacun avec sa propre gouvernance, la caravane devait s’acquitter des divers droits de passage et des vérifications d’usages. Nous eûmes ainsi le droit à un lot de fouilles et de remarques douteuses provenant de bouches avinés au sourire édenté. Je vis plus d’une fois les mâchoires d’Hiragil se crisper sous le contact d’une main trop curieuse. Heureusement Issil veillait aussi avec deux de ses compagnons, l’arme ostensiblement visible et son regard froid fixé sur les gardes. Le séjour promettait d’être difficile.

©Technochrist

©Technochrist

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Tharbad

Tharbad

Tharbad, la croisée des chemins en Sindarin, était à l’origine un immense gué sur la Gwathlo qui transformait les alentours en marécages à certaines périodes de l’année, havre des cygnes majestueux que nous, eldars, avions baptisé Nin en Eilph, le port des cygnes, avant de devenir Tharbad, la ville portuaire et une des principale garnison des Numénoréens. Tharbad nous évoquait aussi l’histoire de la rencontre d’Aldarion avec Galadriel. Mais c’est au début du Troisième âge, que Tharbad devint un vrai port accueillant les navires numénoréens et que fut bâtit, par les hommes et les nains, ce gigantesque pont qui enjambait la rivières et les marécages. Tharbad devint ainsi un centre de passage, de commerce entre le sud et le nord, refuge sur la Grande Route Royale reliant les deux grand royaume numénoréens. Tharbad reflétait la puissance et l’opulence des Numénoréens qui s’étaient imposés de force dans la région, matant les tribus Dunlendings. Elle rayonnait sur tout le sud du Cardolan.

Mais Tharbad fut victime de la Grande Peste au milieu du 3eme age qui ravagea le royaume de Cardolan et le Gondor. C’est après ce terrible moment, que Tharbad déclina rapidement. La route royale fut négligée, les brigands affluèrent de plus en plus et les tribus dunlendings récupérèrent leur autonomie. C’est une inondation après un grand hiver qui ruina définitivement Tharbad. Son pont majestueux, âme de la ville, n’y résista pas et une partie des fortifications tombèrent. Le marécage repris ses droits et les cygnes revinrent occuper la région qu’ils avaient désertée sous la pression des Numénoréens défricheurs. On raconte que la ville se reconstruit doucement, occupée aujourd’hui par les hommes, que des barons et maitre de guilde, brigands et commerçants se disputent le pouvoir, qu’on y négocie toutes sortes de choses mêmes les hommes. On y fait fortune aussi vite qu’on perd la vie. La nuit, il n’est pas rare d’entendre des râles agonisants ou le son métallique des lames qui dansent.
Tharbad est riche et dangereuse, et propice au développement de bas instincts nourris par les espions de l’Oeil qui y voit une terre fertile et intéressante. Je comprenais l’appréhension d’Issil et ses nécessaires mises en garde. La prudence était de mise, beaucoup plus qu’ailleurs. Les caravanes étaient rarement prises à partie car elles ravitaillaient la ville mais pas les incidents regrettables qui s’abattaient sur des marchands peu chanceux.
Je regardais la silhouette de la ville se découpant dans la nuit, mystérieuse et menaçante. J’inspirais profondément en pensant qu’il faudrait que je me mêle une fois encore aux hommes en évitant qu’ils ne découvrent ce que je suis. La caravane était alignée, le soleil allait bientôt apparaitre à l’horizon, je rabattis ma capuche sur mon visage tandis qu’Hiragil mettait en branle le chariot en faisant claquer le fouet.

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« Certains étaient allés dans le Nord au-delà des sources de la Fontgrise, jusque dans les Landes d’Etten ; et d’autres, vers l’Ouest, avaient exploré, avec l’aide d’Aragorn et des Rôdeurs, les terres tout le long du Flot Gris jusqu’à Tharbad, où la vieille Route du Nord traversait la rivière près des ruines d’une ville. » Le Seigneur des Anneaux – Livre II – Chapitre 3

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© Raphael Lacoste

© Raphael Lacoste

 

Ils vinrent avec les frimas
Avec le Rude Hiver et la pluie perfide
Et l’on entendait leurs pas
Caressant les terres humides

 Ils sont venus pour un soupir
Ils étaient trois
Ils sont venus le recueillir
Un vieux moine, une ombre et un roi

…. (1)

 

Les yeux perdus dans le feu qui crépitait et s’élevait vers la lune, pleine et rousse, je caressais les cordes de mon luth en chantonnant une vieille chanson évoquant la chute de Tharbad.  La caravane approchait des murs de la ville et Berend semblait plus nerveux. La ville avait mauvaise réputation et ses alentours aussi. Des histoire de bandes de pilleurs, de marchands d’esclaves, et autres se racontaient depuis ce matin dans les rangs des marchands. Chacun allant de son histoire pour faire peur ou frémir les autres. La tension était palpable sous les rires trop forts. La caravane s’était disposée en cercle sur une colline qui surplombait les alentours marécageux. Berend avait disposé des torches aux abords afin d’éclairer le campement. Je remarquais qu’Issil portait son épée que je lui avais forgée et qu’il avait enfilé sous sa chemise un pourpoint de cuir renforcé. La caravane comptait de nombreux hommes et notre campement bien situé était suffisamment bien défendu pour qu’une bande viennent s’y risquer, mais je ne connaissais pas la région et d’après Issil, il fallait être extrêmement prudent. Je n’avais remarqué aucun guetteur le long de notre route ni vu quoi que ce soit qui me laissa présager une quelconque embuscade. Mais la nuit apporte toujours sont lot d’ombres dans les esprits, le mien semblait aussi touché et je me demandais pourquoi.
Issil s’était rapproché de Berend et discutait sérieusement avec lui. Je distinguais les yeux de Berend intrigués mais qui acquiesçaient en même temps. Et je vis aussi son regard jeter brièvement un oeil vers moi comme s’il voulait s’assurer d’une intuition. Je me demandais ce qu’il pensait à mon sujet et dans quelle mesure pouvait on lui faire confiance. Hiragil se posa près de moi
– Tout le monde semble nerveux, me dit elle à voix basse. Même Issil semble sur ses gardes.
– mmh
– Je n’aime pas trop ça, je vais voir ce que raconte Issil.
Elle se leva, toujours aussi vive et ne tenant pas en place, elle se dirigea vers Issil avec sa démarche chaloupée qu’aucun regard autour du feu ne rata. Je souris à la pensée de passer inaperçu au sein d’une caravane de marchands avec Hiragil… Je décidais de chanter l’histoire d’Aldarion sixième roi de Numenor.

(1) traduction légèrement modifiée de  Trè d’A Filetta (voir lien youtube sur le blog)

sceau de Sharilaa

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Last_Remaining_Light_by_froggynaan

La tête baignée dans le vent frais, parfumé par les lauriers en fleurs et l’odeur douceâtre de la terre humide, je souriais ne pensant a rien, voguant loin, très loin, apaisée de me sentir libre, hors de la ville. La caravane avançait doucement, les marchands heureux d’avoir fait quelques affaires et encore plongé dans la frénésie des marchés en profitaient pour discuter et raconter leurs affaires. Je me laissais ballotter par le chemin mal entretenu serpentant entre de petites collines sur lesquelles on apercevait de temps à autre des petits troupeaux de moutons non loin de vieilles bergeries isolées. Je lachais prise, la musique du vent me portait vers de vieux souvenirs je me revoyais accompagnant les ambassades de Thranduil à travers les plaines de l’Ithildien, vers le Gondor. J’aimais ces longs voyages sereins. Au loin me parvient la voix d’Hiragil :

– Sharilaa ? tu m’écoutes ? Sharilaa ?!
– oui ? euh non excuses moi, je rêvais…
– pfff tu rêves tu rêves… je te parlais de Berend. Alors tu ne m’as pas dit ce qu’il s’est passé avec lui ?
– qui ? ah oui.

Jetant un oeil sur la caravane, je l’aperçu devant accompagné par un homme d’arme et discutant. Il m’avait surprise alors que je filais Hiragil accompagné par ce vieux marchand suffisant.
– Eh bien, je crois qu’il se doute de quelque chose. Je ne l’ai pas remarqué quand il s’est interposé entre moi et ce petit voleur du marché. Il m’as surprise la dague à la main et son sourire en disait long. Il a noté mon accent… bref je crois qu’il se doute que nous ne sommes pas une gentille petite famille de commerçant, et je le soupçonne d’avoir des vues sur toi ou quelque chose derrière la tête. C’est un solitaire, il parle peu mais n’hésite pas à se mêler des affaires des autres. Remarque c’est normal peut etre en tant que chef de la caravane et assurant sa sécurité.
– Des vues sur moi ?

Je tournais la tête vers elle en la regardant d’un air narquois.
– Ne fais pas ton étonnée. Tu as semé des braises dangereuses dans chaque coeur solitaire qui n’attendent que de pouvoir se réchauffer. Tu as été trop insouciante et trop légère….
– mmffff… je n’ai fait que mettre un peu de bonne humeur. Et puis c’est toi qui a mis en danger notre couverture en sortant ta dague, je te rappelle.
– Oui… je hais ces villes d’hommes pleines de violences, de goujats, d’envieux, de voleurs de bruits et toutes ces odeurs infectes… Comment faites vous pour supporter tout ça ?
– C’est la vie ! La vie est bruyante, grouillante, sans états d’âmes, dangereuse et c’est tout son charme.
– mmh… je rêve de galoper dans la plaine, sentir le vent frais fouetter mon visage. Je ne sais pas si je vais supporter toutes ces haltes dans les villes.

Issil, nous écoutait silencieusement et pris soudain la parole.
– La prochaine risque d’être autrement plus mouvementée. Tharbad n’est pas une petite bourgade provinciale. Il y a du monde et beaucoup sont dans les affaires si ce n’est tout le monde. Même la garde et les notables sont de sacrés filous. Il va falloir faire attention. Il ne faut surtout pas qu’on s’aperçoive de ton origine. Cela te vaudrais des ennuis. On raconte que les elfes sont des marchandises de premiers choix pour certains.

Je lui décochais un regard dégoutée et emplie de tristesse.
– vraiment ?! Comment cela est il possible ?
– Le monde change, les hommes dessinent l’avenir et s’emparent de tout. Ils deviennent arrogant et certains n’ont peur de rien, même des elfes.
– Mais… je me tus, préférant ne pas penser à tout cela.

Hiragil me sondait de son regard pâle.
– Nous ferons attention et notre but en vaut la peine. Je suis sûr que ce voyage nous apportera ce que nous cherchons. Et bien mal avisé celui qui tenterait une quelconque action contre nous. Nous sommes des combattants, hein Issil ?
– Oui, ça nous le sommes. Mais restons prudents.

Mes pensées me rattrapèrent et je les laissais continuer à discuter, leurs voix s’éloignaient jusqu’à n’être qu’un murmure tandis que je plongeais à nouveau dans mes souvenirs de voyages. Le Soleil déclinait doucement transformant le jour en lumière dorée dont les rayons précieux découpaient la lande. Les ombres marquées s’allongeaient, grignotant de plus en plus la plaine de ses longs doigts. Dans le ciel d’un bleu profond, les nuages s’étiraient en de longs drapés et se teintaient de rose, signe de vent. Une brise fraiche fit voler mes mèches brunes.

sceau de Sharilaa

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Dragon_Age_Stuff__Merchant_by_Mancomb_Seepwood

Toujours serrée contre son amie, Hiragil reprit d’une voix faible. Puis à mesure qu’elle retrouvait son calme, sa diction s’affermissait.
« Il faisait chaud au marché. J’ai eu très soif sans jamais pouvoir me désaltérer. Il n’y avait pas le temps. Les marchandises sont reines sur un marché et les marchands ne savent vivre que par elles.
Quand moi je vois une pomme sur un étal,0 les gens comme Alternadh ne voient qu’une pièce qui attend bêtement d’entrer dans une poche, et la leur de préférence. La taille ou la valeur de la pièce en question n’a pas d’importance.
J’ai constaté qu’il y avait plusieurs genres de vendeurs. Il y a d’abord les marchands, qui vendent le produit de leur travail. Il y a ensuite les commerçants, qui achètent aux premiers puis revendent avec un bénéfice. Pour eux, les marchands sont des outres à presser et ils veulent vendre le plus vite possible quitte à faire de petits bénéfices. Il y a enfin les négociants, qui contrairement aux deux premiers, ne limitent pas leur activité à un seul marché et investissent des sommes plus importantes sur un temps plus grand avec des bénéfices en proportion.
Les marchands sont là pour vendre une cargaison dans la journée. Avec eux il est possible de parler de la marchandise, parce qu’ils la connaissent et en sont fiers. Ce sont eux aussi qui fixent indirectement les prix du marché par la relative abondance ou pénurie d’un bien. Avec eux il est possible de négocier un prix, pour peu qu’on leur montre un peu de considération et d’intérêt pour leur art. Ce sont des gens chaleureux et humains.
Mais pour les deux autres, c’est différent. Ce sont des prédateurs à l’affût de la moindre opportunité de plumer une proie. Si nous fréquentons les mêmes endroits qu’eux, si nous respirons le même air qu’eux, nous ne vivons pas dans le même monde. Ce sont plutôt ces gens là qui voyagent dans les caravanes le long de la route verte ou de la route rouge. Ils prennent de gros risques pour aller dans des contrées lointaines et espèrent bien être payés en retour. Ils sont plus rationnels qu’émotionnels. Et s’ils veulent quelque chose, ils l’obtiennent, toujours. Parce que pour eux, l’argent n’est pas nécessairement une barrière, c’est juste un obstacle ou un moyen de leur volonté. »
Hiragil se cala tout contre Sharilaa, la tête sur son épaule.
« J’ai froid, réchauffe moi.
En fait j’ai eu froid dans ce marché suffocant, toute la journée. Juste avant de rentrer, j’ai bu une soupe qui m’a un peu réchauffée, non parce qu’elle était savoureuse ou simplement parce qu’elle sortait juste du chaudron, mais parce qu’elle était nourricière, partagée, utile.
Alternadh vit dans un monde froid et superficiel. Ce qu’il m’a montré est beau certes, mais ne vaut pas le sang de ceux qui meurent pour défendre ces terres. Et puis j’ai compris que j’étais sa proie. Il m’a regardée avec la même envie qu’une pièce d’étoffe du Harad. C’est très désagréable et gênant. Alors j’ai commencé à parler moins et réfléchir plus.
J’ai repensé au début du voyage et à cette disparition inexplicable. J’aimais bien bavarder avec ce bouvier dont je ne connaissais même pas le nom. Il était souriant et me parlait avec une certaine poésie de la ferme où il avait grandi. J’appréciais sa compagnie, simple et vraie.
Ma supposition est qu’il est entré en conflit avec d’autres, enfin au moins Alternadh pour moi qui me suis trop montrée. Il y a certainement eu intimidation, tentative de corruption, voire plus. Le bouvier était jeune, il avait l’assurance de son âge et rien à perdre : je ne l’imagine pas avoir cédé, en tout cas pas facilement. A mon avis, soit il est mort, soit il s’est perdu en acceptant de partir avec de l’or. Dans tout les cas, c’est moi qui suis la cause de sa disparition. »

Hiragil

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L’après-midi était déjà bien avancée. Hirilil avait bu tous les conseils d’Alternadh, avait acquiescé à toutes ses remarques, avait défendu ses intérêts face aux autres marchands du marché. Elle serait finalement assez douée pour les affaires, selon son mentor d’une journée. Enfin, c’est ce qu’il avait laissé entendre sur le chemin du retour, vers l’Auberge aux Oranges. Juste avant de se séparer, il lui prit la main, s’inclina et y déposa un baiser. Il se tourna alors et, sans rien dire de plus, il retourna au campement avec le reste de la caravane. La jeune femme le regarda s’éloigner, le visage inexpressif, presque dur. Même quand elle l’eut perdu de vue, elle resta au même endroit, sans ciller.

Au coin de la place une vieille femme tournait de la soupe dans un grand chaudron. Hirilil s’approcha. La soupe était plutôt claire, du chou, quelque haricots et de petits morceaux de viande. La fumée s’échappant du chaudron avait attiré les clients de ce commerce de rue. Les travailleurs à un sou, les portefaix, les journaliers des fermes environnantes semblaient s’être donnés rendez-vous ici. Ils étaient couverts de poussière, mais pas plus crasseux que les vendeurs derrières les étals ; ils étaient en sueur mais ne sentaient pas plus fort que les marchands trop couverts qui avaient hanté le marché toute la journée à la recherche d’affaires miraculeuses. La plupart avaient leur propre écuelle, une de leur trop rare possession personnelle, mais la vieille femme pouvait en passer quelques une pour ceux qui n’en avait pas amené. Hirilil restait droite et immobile au milieu des gens qui mangeaient leur maigre repas durement gagné. Ils parlaient de la qualité et de l’abondance des récoltes, du prix des denrées arrivées au marché, des derniers potins des notables de leur ville et des moins notables de leur vie. Hirilil était étrangère à toute cette animation ; elle percevait les sons mais n’entendait que du bruit, voyait des couleurs bouger sans raison ni but autour d’elle ; seuls le chaudron et la vieille femme avaient une réalité tangible.

Elle s’approcha d’eux, dans ses habits propres. Elle se baissa avec grâce, comme dans une révérence, pour prendre une écuelle ébréchée qu’elle tendit à la vieille femme. Pendant qu’elle la remplissait, elle posa une pièce en argent sur le tissus de la robe de la vieille femme à laquelle elle sourit. La pièce était la plus petite d’argent qui circulait, mais valait beaucoup plus que la soupe ; Hirilil n’osait pas donner plus, au risque de se voir refuser son don. La vieille hésita, interrogea du regard la jeune femme, puis prit la pièce qu’elle glissa dans une petite bourse de tissus râpé.

Elle s’écarta un peu de la foule et trempa ses lèvres dans le breuvage clair. Elle en sentait la chaleur sur son front et sa lèvre supérieure. Elle prit une grande inspiration, souffla sur la soupe. Elle réprima alors les pleurs qui lui montaient aux yeux. Elle se força alors à tout avaler d’un trait. Le liquide chaud se répandit dans son corps, marquant son passage par une longue trainée chaude qu’elle ressentit comme un brûlure. Elle ramena le bol propre à la vieille femme et se précipita dans sa chambre, à l’Auberge aux Oranges.

Shaela était là.

Hiragil se jeta dans les bras de Sharilaa, blottit la tête dans son cou et chercha dans la douceur de ce contact l’apaisement dont elle avait besoin.

– « Que t’arrive-t-il, folle petite humaine.

– J’ai passé une journée horrible. Cet Alternadh est un homme puant de suffisance et de roublardise. Si tu savais ce que j’ai du entendre et supporter…

– J’imagine plus aisément que tu ne le crois. Mais avant toute chose dis moi ce que tu as appris. »

La jeune femme conduisait son ainée vers le lit où elle s’assirent, toujours liées entre elles.

–  » J’ai appris qu’après une journée passée au marché, à respirer trop d’odeurs trop fortes, tu ne sens plus les gouts les plus élémentaires.

– Est-ce tout ?  » continua Sharilaa étonnée.

Hiragil secoua la tête pour signifier que non. Elle renversa son amie sur le lit et s’agrippa à elle.

–  » Je crois que c’est moi qui ait tué le bouvier. »

Les deux femmes restèrent allongées sans bouger, communiquant uniquement par le contact de leur corps et la communion de leurs esprits.

texte d’Hiragil de Pontis, fille du corbeau

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                                                                                                                              Market by *neisbeis

 

La matinée tirait à sa fin lorsque je retrouvais Hirilil collée au vieux marchand parmi les étals. La lumière éclatante déferlait dans les ruelles et ruisselait sur les murs pâles transformant ainsi la place du marché en une fournaise aux écoeurants parfums de viandes faisandées et d’épices, le tout lié d’effluves corporelles humaines à l’hygiène souvent plus que douteuses, à croire qu’une troupe de nains s’y était mêlée. J’avançais doucement dans la foule m’arrêtant de ci de là, semblant intéressée par quelques produits qui trônaient et me faisant happer à chaque fois par un marchand aux aguets qui me demandait de goûter, toucher, peser, vantait la qualité, le goût, la rareté, et surtout le coté dérisoire d’un prix sacrifié. Même si avec fluidité j’arrivais à esquiver ce flots de paroles, je gobais à présent quelques grains d’une grappe de raisin noir, sucré et juteux en surveillant du coin de l’oeil le manège d’Hirilil l’aguicheuse et sa proie.
La dureté du soleil était l’excuse parfaite pour le fichu clair que je portais sur ma tête, dissimulant légèrement mes traits et mes oreilles dans cet attroupement.

Je me demandais ce que cherchait Hirilil, elle souriait, semblait s’amuser, fixant son regard pétillant sur le visage bouffi et rougi de ce marchand. Je n’avais qu’une envie, prendre un cheval et sortir de là pour galoper à travers la lande, sentir le vent sur mon visage, et respirer. Je rêvais à moitié quand une main discrète et rapide effleura ma bourse. Ma dague était déjà sortie et pointée sur l’entrejambe du malotru quand je croisais le regard sombre de Beorend qui s’était saisi de l’homme assurant d’une clef de bras la main qui tenait un petit poignard effilé. Surprise par sa présence, ma dague n’eut pas le temps de rejoindre ma ceinture avant que ses yeux n’en repèrent l’éclat et s’en étonnent.
Repoussant le voleur d’un geste brusque après lui avoir pris son poignard qui détala tel un furet dans la foule, il me scruta, l’oeil inquisiteur, un léger sourire qui m’annonçait que j’étais dans de beaux draps.
« Les marchés ont toujours leur lots de vilains prêts à détrousser les jeunes étrangères naïves et sans défense. Heureusement que j’étais là pour…. lui épargner de perdre ses bourses, dit il dans un sourire satisfait.
– Je suis habitué à assurer ma sécurité toute seule…
– j’ai vu, et quelle dextérité dans le geste.
– …, mais que faites vous ici ? Me surveilliez vous ? répondis je, dans une maladroite tentative pour détourner la conversation et inverser les rôles.
– Non, je ne vous surveillais pas, je suivais votre soeur, mais vous ayant surpris faisant de même j’ai préféré me tenir un peu plus loin.
– Ma soeur… oui… pour tout vous dire, je n’aime pas vraiment ce marchand. Et mon père m’a demandé de garder un oeil sur elle.
– Votre père vous a demandé…dit il faisant semblant de réfléchir – ah oui, c’est vrai qu’il connait vos dons pour vous défendre.
Son regard ne me lâchait pas et je ne savais que faire. Je jetais toujours un regard vers Hirilil qui s’enfonçait un peu plus loin avec le marchand qui la dévorait du regard.
– Je ne dois pas perdre ma soeur, excusez moi.
– Je ne voudrais pas qu’un voleur manquant de discernement ne se retrouve eunuque et que la garde intervienne. Laissez moi vous accompagner.
Je lui jetais un regard noir qui fut aussitôt renvoyé par son sourire désarmant.
– Et puis cela nous donnera l’occasion de discuter, reprit il – Vous êtes très discrète dans la caravane, contrairement à votre soeur.
– Je ne suis pas très loquace.
Sa main se posa sur mon dos et me poussa légèrement pour me faire avancer comme si j’étais sa compagne
– Pourtant vous avez un accent charmant.
Je repris un grain de raisin rageusement tout en arguant le fait que je fus élevée petite du coté de Dale, et que mon accent était un mélange de divers endroits traversés depuis.

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Hirilil eut effectivement quelques pensées pour son père. Hiragil avait des sentiments complexes pour Issil. Elle l’admirait et le plaignait, pour sa loyauté et son abnégation. Elle savait l’amertume de ses sourires sincères et heureux quand la complicité des deux femmes était évidente. Elle se doutait que Sharilaa ressentait à peu près la même chose, mais elles n’en parlaient jamais, cela aurait altéré l’éclat de leurs jours heureux. Aussi n’y eut-il aucun joyeux chahut ce soir là. Les fenêtres de la salle principale de l’auberge étaient grandes ouvertes pour y laisser entrer la lumière du jour nouveau. Il était encore trop tôt pour que la salle fut remplie comme la veille au soir. Les quelques hôtes de l’établissement se levaient tôt pour avaler rapidement un simple gruau qui les tiendrait debout une bonne partie de la journée. Beorend était assis à une table, les jambes allongées à regarder le passage des gens dans la rue par une de ces larges fenêtres. Il sirotait tranquillement une infusion  qui fumait dans son grand verre. Il profitait ainsi de son temps de repos, à la recherche de toutes les chaleurs dont il pouvait profiter. Il suivi des yeux les sœurs Chantechêne qui descendaient des chambres à l’étage et n’inclina respectueusement la tête à leur attention que quand elles furent arrivées en bas des degrés en pierre qui étaient les premiers de l’escalier. Hirilil fit de même en souriant pour lui rendre la pareille et lui signifier qu’elle le reconnaissait comme une personne fréquentable de cette ville inconnue.
Elles s’assirent à une table libre en face d’une vitre mais loin de la porte et commandèrent des œufs, du fromage avec du pain et des fruits pour commencer la journée. Juste quand elles furent servies, Issil sortit de sa chambre et le rejoint. Peu après Alternadh arriva à l’auberge et se dirigea vers leur table. Au marché, les affaires se traitaient tôt et si Issil voulait consentir au prêt, Alternadh avait besoin de l’argent immédiatement. Argumentant sur l’objection de conscience, Issil refusa le prêt de monnaie à un marchand d’armes. A la mine déconfite du marchand, d’un bond, Hirilil s’empressa de lui dire qu’elle avait très envie de visiter le marché et qu’elle acceptait son offre de la veille, si elle tenait toujours. Alternadh se força à sourire en s’inclinant pour donner son bras à la jeune Hirilil qui le prit aussitôt. Ils sortirent de l’auberge sans saluer ceux qui s’y trouvaient encore.Aucune ville n’avait une bonne odeur, ni au lever, ni au coucher du soleil. Thalion n’y faisait pas exception, mais Hirilil semblait heureuse. Les immondices s’empilaient dans les rues toujours trop étroites qui ne laissaient pas passer la lumière. Seules les places pouvaient être considérées comme agréables et salubres. Malgré cela la jeune fille au bras de l’homme plus vieux qu’elle, s’extasiait de tout. On eut dit qu’elle découvrait le monde à chaque pas et toutes les nouveautés sans exceptions l’enthousiasmaient. Alors qu’ils arrivaient aux halles elle s’adressa enfin sérieusement au marchand :

–  » Je ne suis pas comme mon père. J’ai envie de vous aider. Voici deux pièces d’or que j’ai empruntées à mon cher géniteur. Je vous les confie, mais je veux ma part des bénéfices. Acceptez vous ?.

– Je ne sais que dire charmante dame. Cet or ne fait que refléter vos immenses qualités et met en valeur votre grande beauté. Etes-vous certaine de savoir quels risques vous prenez ? n’aurez vous pas de soucis par la suite ?

– Ah bon ? Lesquels ? Issil ne fera rien contre moi, je suis bien trop précieuse. A-t-il essayé de nous retenir ? Je fais ce que je veux, vous voyez bien !  Acceptez mon offre, qui est assez intéressée, il faut bien le dire.

– C’est que la belle a du caractère. C’est une grande qualité que j’apprécie particulièrement et à sa juste valeur. J’accepte donc votre offre et saurai bien ne pas vous décevoir en cette heureuse encontre. Alors, dites mois, que voulez vous voir ?

– Les bijoux ! et les robes aussi. J’aimerais sentir ces épices si chères et des fragrances que je ne connais pas. Est-ce que tout cela se trouve dans ce marché ?

-Oh laa, nenni. Enfin si, vous trouverez de tout mais pas forcément le meilleur. Fiez vous à moi, et je vous montrerai ce qui est bon.

– Alors nous commençons par ce marchand là ! »

la jeune femme tirait le marchand plus âgé par la manche, comme s’il était son grand-père. Ils allèrent voir un marchand de tissus et Alternadh expliqua à sa jeune élève pourquoi le satin était à la fois plus doux et plus résistant qu’un tissus normal ; il lui montra par la même occasion comment marchander pour obtenir deux pièces de lin pour une pièce de laine. Ce qui importait dans le tissus n’était pas tant la qualité de sa matière que la quantité effrayante de travail pour obtenir un drap, quelle que soit sa nature. Comme il lui faisait tâter les différentes étoffes, il se rapprocha, au point de se retrouver serré tout contre elle. Hirilil, gênée, s’écarta un peu. Après une brève hésitation, Alternadh se reprit et les dirigea tous deux vers un marchand de fragrances que voisinait un paysan avec ses choux et ses fruits gorgés de sucres. Hirilil, d’humeur légère et badine, se laissa mener jusqu’au nouvel étal richement achalandé. Alors que le marchand discourait des vertus de l’eau de violette, Hirilil le coupa un peu sèchement :

–  » Et cette histoire malheureuse où vous avez perdu tout votre or. Quelle catastrophe ! Comment a-t-il fait pour tout vous prendre ?

– Une tragédie, tout le bénéfice de mon voyage était dans la bourse qu’il m’a dérobée pendant que je dormais. Les caravanes sont des endroits surs normalement. Je ne me suis pas méfié et voilà.

– Est-ce vraiment si rare ? Père m’a souvent parlé de tensions comme celles-ci dans ses caravanes.

– Oh de fait elles sont rares parce que les caravanes sont souvent composées des même gens, qui se connaissent depuis longtemps, plusieurs générations parfois. Beorend par exemple, son père travaillait aux écuries d’un relais et puis un jour il a fallu remplacer un charretier malade, et voyez où il en est.

– Alors pourquoi interdit-il à ses filles d’aller sur les routes, si effectivement nous y serions en sécurité ?

– Tout simplement, parce que si l’essentiel des caravanes est formé par des habitués d’un trajet, il y a toujours des inconnus, comme vous cette fois, qui y entrent. Notez bien , Hirilil, que toutes les histoires que nous racontons et que vous avez entendues venaient de ces gens de passage.

– Parce que vous les considérez comme des étrangers ?

– non, parce qu’ils ne font pas partie de nos habitudes. Nous autres, marchands, aimons la stabilité et la sécurité. Les changements peuvent être dérangeants ou parfois plaisants, une gêne ou une soudaine révélation. »

Les yeux d’ Alternadh se mirent à briller. La jeune femme en fut troublée.

– « Qu’avez-vous ?

– Je pensais, reprit-il dans un sourire, à des boucles d’oreilles qui vous siéraient à merveille. Je les ai vues hier. Je pensais justement faire affaire avec l’orfèvre.

– Oh c’est vrai ? reprit-elle vivement. Il faut que vous m’appreniez à faire des affaires. Allons voir votre artisan!  »

texte d’Hiragil de Pontis, fille du corbeau

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A peine Issil referma la porte de la chambre derrière lui qu’Hiragil nous dit :
– Je ne l’aime pas ! Ce marchand ment avec ses beaux sourires et sa voix mielleuse. Je suis sur qu’il a quelque chose à voir dans la disparition du bouvier.
Issil caressa sa barbe grise et se gratta le cou l’air pensif.
– Tu as sans doute raison. Trop flatteur pour être honnête. Qu’en penses tu Shar… Shaela.

Il était évident que cet homme respirait la fourberie, mais je n’avais pas envie d’aller chercher plus loin et de nous exposer. Ce n’était pas nos affaires et nous étions  dans une ville que nous ne connaissions pas.
-mmmh … c’est vrai. Quoi qu’il en soit, nous n’avons aucune raison de nous mêler de ses affaires. Laissons le trouver quelqu’un d’autre. Refusons son offre.
Hiragil bondit du lit où elle s’était assise.
– Quoi ? Aucune raison ? Et le bouvier ?! Personne ne s’en soucie ?
– Nous ne savons pas ce qu’il est devenu. Il est peut être simplement parti. Et nous ne devons pas prendre le risque de nous découvrir. Et puis qui nous dit qu’il n’a pas de complices si c’est bien lui ? Car à t’entendre il est déjà coupable.  On ne sait rien. On est isolé ici, et je…
– Il faut qu’on sache ! Et je saurais ! me coupa t’elle.

Je regardais Issil, invoquant son aide et il me sourit d’un air plein de pitié ironique, sachant que je cèderai.
– Bien.
Je me me dirigeais vers la petite fenêtre de la chambre et l’ouvrit. La rumeur de la ville se rua dans la chambre. Dehors la rue était animée. En ce début de soirée, de grand pans de fraîcheur tombait sur la ruelle et la foule morne et houleuse coulait en flux ininterrompu tandis qu’autour les enfants piaillaient. Le vent s’engouffra soudain et me fouetta le visage apportant son flot de parfums et d’odeurs qui saturaient toute ville humaine. Je refermais la fenêtre avec un léger dégout.
– Soit. Demain vous donnerez votre accord pour l’accompagner. S’il demande où je suis, dites lui que je fais la lessive par exemple. Issil, demande à tes amis de préparer les chevaux au cas où et de surveiller notre charriot.
– D’accord et toi ?
– Moi ? Je ne serai pas loin.
J’ouvris le coffre et sorti une tenue grise de cuir souple et ma cape. Je pris ma longue dague effilée et un petit rondache de la taille d’une assiette suffisamment discret pour être dissimulé.
– Au moindre danger on file prendre les chevaux et on quitte la ville d’accord ? Je n’ai aucune envie d’être face à la garde ni de me retrouver dans une geôle humaine. D’accord Hirilil ?
Elle se leva et m’embrassa, heureuse.
– Promis !

Issil s’éclipsa nous laissant toutes les deux dans la chambre en nous gratifiant d’une «bonne nuit les filles et pas de chahut s’il vous plait, pensez à votre vieux père».

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