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Archive for the ‘Carnets’ Category

Tharbad (5)

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Assise sur le bord du lit, Hiragil ne savait précisément où arrêter son regard, sauf qu’elle était certaine de ne pas vouloir regarder Issil dans les yeux.
– « Que sais tu de moi Issil ? J’ai la peau mate et un accent indécrottable qui signifie que je viens du Gondor. Je sais lire donc je viens de la classe supérieure, certainement la noblesse puisqu’un marchand n’aurait pas pris le risque d’éduquer sa fille. Cette hypothèse est confirmée par le fait que je sache me battre : on apprend aux filles à se battre que quand il n’y a pas de fils pour le faire – je suis fille unique. Tout ceci est presque évident. »
Issil acquiesça sans un mot.
– « Tu te doutes que j’ai plus fui le Gondor que je ne l’ai quitté, sinon j’y serai déjà retournée pour voir une famille ou des amis. Tu ne m’as jamais rien demandé sur mon passé. C’est une délicatesse qui m’en a toujours dit long sur toi. C’est pourquoi aujourd’hui je vais te dire le secret que ne connaissent que quelques proches amies. Tu pourrais facilement t’en servir contre moi, si tu le voulais… je n’y survivrai pas plus de quatre lunes, je crois. »
Issil resta parfaitement immobile, comme s’il posait pour un peintre qui voulait faire un tableau sur la patience attentive d’un inquisiteur. Hiragil inspira profondément avant de reprendre :
– « J’ai vu Père mourir d’une flèche parce que je n’ai pas levé mon bouclier assez vite. Nous défendions Pontis contre un raid de pirate. L’attaque de nuit était dangereuse ; l’attaque d’un village pauvre improbable ; je n’ai pas trouvé d’autres flèches dans tout le village une fois le soleil levé. Mère était effondrée ; les destructions étaient importantes ; notre suzerain ne nous a pour ainsi dire pas aidés ; je n’ai pas pu faire face seule. Le remariage de Mère avec le seigneur Catenet était la seule solution pour éviter la misère à nos gens. »
En finissant sa phrase, la voix de la jeune femme était vibrante d’émotion.
– « Je n’étais ni sa fille, ni sa bru, juste une porteuse de sa descendance qui, avec un peu de chance, aurait le bon goût de mourir en couches. Mère semblait se satisfaire de cette situation, mais son mari l’humiliait. Peu avant mon mariage avec son abjecte progéniture je résolu de partir le plus loin possible. Mais je devais récupérer la bague-sceau du Corbeau, celle de mes ancêtres, qui assurait à Catenet sa légitimité sur la seigneurie de Pontis. Le soir de mon départ, je me suis glissée dans ses appartements, repris la bague-sceau… et je l’ai poignardé sous les yeux de Mère. Elle est restée coite de surprise suffisamment longtemps pour me permettre de quitter le bâtiment du logis principal. Je n’ai pas pris le temps de lui faire mes adieux. Je ne suis jamais revenue : la justice du Gondor n’est pas très large d’esprit dès que l’on touche à sa noblesse. »
Hiragil fit une courte pause avant de conclure :
– « En ville tout à l’heure j’ai vu quatre sergents qui portaient le blason de Catenet. Voilà mon problème.
– Je comprends le problème maintenant. Tu soupçonnes Catenet d’avoir orchestré toute cette affaire : le caractère singulier de l’attaque des pirates, l’arrivée d’un sauveur providentiel. Je dirai que le double mariage inutile du père et de la mère du fils et de la fille est l’erreur qui le trahit absolument.
Issil se tourna vers la porte et, la main sur la poignée, reprit :
– Tes cheveux sont le révélateur le plus évident de ton identité. Tu dois couvrir ta tête tant que nous sommes à Tharbad. Sans cela je suis incapable de garantir votre sécurité à toutes les deux. Je dirai à la caravane que je veux éviter la convoitise que ta jeunesse attire. Maintenant, viens. Allons voir pourquoi ta chère sœur n’est pas encore revenue. »
Il laissa Hiragil seule dans la chambre. Raconter son secret lui a ramené en mémoire un épisode de sa vie qu’elle préférait oublier. Elle avait besoin de quelques instants pour dépasser son mal à l’aise. Quand elle se sentit prête elle sortit de la chambre et vit du balcon Shaela et son père attablés avec Beorend. La discussion ne semblait détendue, ce qui n’était pas la situation attendue, alors elle s’approcha tête couverte, curieuse de connaître les tenant et aboutissant.

Comme elle approchait, Shaela se leva et laissa sa sœur s’installer entre elle et son père. Son visage était souriant mais ses sourcils légèrement froncés laissaient apparaître la gravité de la discussion :
– « Il faut que nous parlions. Assied-toi.
Intriguée par la tournure des événements, Hirilil s’assit. Shaela reprit :
– Beorend est notre ami, enfin je crois. Il connaît bien la fouine. Il a autant de raisons de te détester qu’il en a de le haïr.
Tous les regards se tournèrent vers Beorend.
– Mon oncle est mort pour vous avoir protégée ; je n’en connaissais pas les motivations. Je respecte sa mémoire en haïssant la fouine et en faisant en sorte qu’il ne soit pas mort pour rien.
Hiragil prit vite la mesure de la situation et prit une pose altière qui convenait à sa condition de noble. Elle glissa vers l’avant sa main portant la bague-sceau du Corbeau afin qu’il puisse bien la voir.
– Je suis la fille du Corbeau. Je vous remercie pour ces paroles Beorend. Sachez que je me considère comme votre débitrice.
Elle marqua un temps de pause.
– Je ne suis donc pas la seule à être curieuse de savoir ce que trafique la fouine autant au nord. Malheureusement Beorend et moi pourrions être reconnus par les gens de Catenet. Shaela, Issil, il n’y a que vous qui puissiez nous renseigner.
Elle regarda alternativement ses deux voisins pour leur demander d’un regard s’ils acceptaient de se charger de cette mission. Beorend brisa cette communication silencieuse d’un toussotement :
– Excusez-moi Hirilil, mais ne voulez-vous pas savoir ce qu’il advient de votre mère ?
Hiragil fit un sourire très embarrassé au chef de la caravane.
– Connaissez-vous Aerdhill ? Il était le lieutenant de Père. »

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Tharbad (4)

imageLa porte s’ouvrit brusquement et Issil s’engouffra dans la chambre tout en refermant la porte derrière lui, le souffle court et l’œil inquiet.
– Que se passe t-il ?
– Eh bien Issil, aurais tu oublié tes manières ? Lui répondit Sharilaa l’œil mutin et le sourire aux lèvres plus pour détendre son amie que pour embarrasser Issil qui venait instantanément de prendre quelques couleurs avant de se reprendre en maugréant.
– Ne te joue pas de moi, et ne m’oblige pas a te remémorer la fois où tu avais entendu crier et….

– Issil ! On a un problème ! Coupa Sharilaa d’une voix un peu forte et légèrement paniquée. Elle…elle a vu des mercenaires qu’elle a reconnu.

– Quoi? Qu’est ce que cette histoire? Et pourquoi êtes vous allées en ville ? Des mercenaires? Issil avait repris tout son sérieux et enchaînait les questions en dévisageant les deux femmes.
Hiragil sourit devant les deux vieux amis qui semblaient maintenant plus inquiets qu’elle.
– Calmez vous, l’affaire est peut être sérieuse mais je ne cours pour le moment aucun péril. Et se retournant vers Issil ajouta : il faudra que tu me parles de cette histoire avec Sharil…Shaela
Sharilaa soupira, les yeux braqués sur Issil qui comprit instantanément qu’il s’exposerait à un châtiment exemplaire.
– Pour le moment c’est de ton histoire qu’il s’agit Hirilil. Raconte la donc à Issil tandis que je vais demander qu’on nous fasse monter un bac d’eau pour me débarrasser de la puanteur de cette ville.
Hiragil s’assit sur le lit et commença son histoire évoquant son village Gondorien alors que Sharilaa quittait la chambre pour descendre dans la taverne.

La salle principale s’était déjà emplie, des rires éclataient au passage des serveuses qui se faisaient taquiner, des négociations se menaient bon train parmi les marchands et quelques habitués jouaient aux dés entre les nombreuses chopes de bières qui couvraient leur table. Sharilaa, d’un coup d’œil rapide fit le tour de la salle mémorisant les visages inconnus tout en estimant la menace possible et se dirigea vers le tenancier pour lui demander de monter un bain et une grosse assiette de ce qui mijotait dans la cheminée et du vin dans sa chambre. Elle aperçut le regard de Beorend braqué sur elle et, feignant la désinvolture, échangea avec le patron quelques mots légers pour le faire sourire, effaçant ainsi toute tension dans son échange.
Beorend semblait toujours aux aguets, certes Tharbad était plus un repaire de voleurs et de mercenaires qu’une paisible ville marchande mais Sharilaa savait qu’elles étaient,elle et Hiragil, le principal sujet de cette observation, peut être pouvait elle se servir de cet intérêt afin de ne pas s’exposer mais trop de questions habillaient encore ce meneur de caravane. Il fallait qu’elle en sache plus. Ami, ennemi ? Quels étaient ses intérêts ? Pouvaient elles se reposer sur lui où devaient elles s’en méfier?
Résolue à en savoir plus, elle se dirigea vers lui en tenant deux verres qu’elle posa sur la table avant de s’asseoir face à lui.
– De tous les clients vous êtes le seul à boire en compagnie d’une chaise vide. Ne trouvez vous pas cela inquiétant?
Un léger sourire se dessina éclairant ses yeux noirs sous ses mèches.
– Je m’inquiète pour mes marchands et « marchandes » qui me paraissent bien agités.
– Ah des problèmes?
– Je ne sais pas encore, mais peut être en saurais je plus bientôt.
– Mmmh, il est vrai que cette ville grouille de gredins de toutes sortes, j’en ai eu l’amère expérience quand vous m’aviez suivie. Vous semblez bien connaître la ville, êtes vous d’ici?
– Pas exactement.
– Pas exactement… Repris Sharilaa avec le même ton et accent. Un x prononcé presque comme un s, le a légèrement traînant et ouvert… Même si vous faites des efforts pour masquer votre accent je crois connaître la région qui vous a vu grandir. Je pencherai pour une famille de basse condition vivant près de la mer dans le sud du Gondor.
Le sourire de Beorend s’effaça tandis qu’une petite ride marquait le coin de ses yeux. Il prit une gorgée de vin et se pencha vers Sharilaa.
–  Vous avez raison. J’ai grandi dans un village de pêcheur non loin de Dol Amroth mais mon oncle qui m’a élevé était chasseur et non pêcheur, c’est lui qui m’a appris à pister, observer et mémoriser. Et pourtant je suis sur que vous êtes bien meilleure que moi dans l art de trouver votre chemin dans la forêt.
Le regard gris de Sharilaa se fixa sur Beorend.
– Oui, je sais aussi qui vous êtes. Mais ne craignez rien je sais garder un secret. » Puis baissant la voix tout en s’approchant. « Cessons de jouer au chat et à la souris car j’ai la désagréable impression d’être la souris. Je sais aussi qui est votre … sœur, c’est pourquoi j’ai gardé un œil sur vous.  » Beorend leva sa main en signe d’apaisement devant le regard de Sharilaa. « Mais avant de me réduire au silence d’un quelconque sort de sorcière, laissez moi vous raconter mon histoire. »

Beorend pris une nouvelle gorgée de vin et recommença à parler d’une voix plus basse en soutenant le regard de Sharilaa. « Un jour que je n’oublierai jamais, mon oncle fut mandé par un seigneur de la région afin de poursuivre une femme promise à son fils, une femme qui s’était enfuie et dont les cheveux étaient comme ceux de votre sœur. Je l’avais déjà vue de loin et tout le monde la connaissait car elle maniait l’épée et le bouclier mieux que la cuillère et l’aiguille, mais ses cheveux n’avaient pas encore pris cette couleur, et quand je regarde votre sœur je ne vois pas une fille de marchand mais bien cette femme que nous devions poursuivre. Mon oncle fut puni pour avoir laissé sa trace s’évanouir… Il ne voulait certainement pas la rattraper car je l’ai vu délibérément choisir une autre piste à un carrefour qui a mené la troupe durant des jours vers une fausse direction. Quand ils ont voulu le pendre, malgré son regard suppliant me demandant de ne rien dire, je leur ai dit que je savais où il s’était trompé afin qu’il soit épargné. Il fut pendu et je devins le nouvel éclaireur. Mais je n’avais pas son talent et n’ai pu remonter la piste qui s’est perdue parmi d’autres. J’ai eu de la chance, je n’ai pas été pendu. Ils m’ont juste laissé pour mort après m’avoir marqué au fer leur blason sur la poitrine, vous voulez voir ?  »

Et d’un geste il écarta légèrement sa chemise que Sharilaa interrompit brusquement, elle venait de voir une tête de fouine.

sceau de Sharilaa

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Tharbad (3)

Solitary_Weasel_by_nikkiburr

Celle qui avait l’habitude de se mettre en avant, de paraître plus imposante qu’elle ne l’était réellement se cachait derrière sa sœur par instinct de survie. Elle tenait la première ligne quand il fallait se battre, elle ne reculait pas devant des adversaires plus grands et plus nombreux, elle attaquait hache au poing si cela s’avérait nécessaire. Mais aujourd’hui, dissimulée par le corps de sa tendre sœur et par le peu de soie qui la couvrait, elle tremblait sans pouvoir se contrôler.

Shaela avait pris une pose songeuse et pour les passants ne faisait que se préparer à son spectacle de musique en mimant les mouvements de ses doigts sur son instrument, les yeux tournés vers le ciel. En réalité un frisson lui parcourait l’échine alors qu’elle sentait son amie blottie tout contre son dos. Elle était en même temps étonnée de ce comportement inhabituel et frustrée de rien pouvoir faire d’autre que rester debout là où elle était. En plus elle ne comprenait rien du tout à ce qui se passait.

Hirilil, dont les poings crispés froissaient le tissus de la houppelande, psalmodiait pour elle même un appel au calme. Elle resta deux longues minutes, le front contre le dos de sa protectrice, sans pourvoir rien faire d’autre. Quand elle put enfin reprendre le dessus sur les tremblements, elle osa risquer un œil par-dessus l’épaule de Shaela. Celle-ci sentit alors la tension sur ses habits se relâcher, un peu.

-« Sha, tu te souviens pourquoi j’ai quitté le Gondor. Tu te souviens des armes du spoliateur, assassin de Père ?

– Chardenet, c’est bien ça ?

– Catenet. Fouine d’argent sur champ de gueule. Je viens de les voir, ici à Tharbad.

– attend voir… »

L’elda ferma les yeux et essaya de se remémorer le blason. En peu de temps elle se rappela un éclair blanc sur un surcot rouge. Les hommes avaient la peau mate et les cheveux noirs. Et oui, elle se rappelait avoir pensé qu’ils étaient des mercenaires du pays de Dun, embauchés par un quelconque notable de la ville. Ses souvenirs n’étaient pas assez précis pour certifier qu’ils avaient bien les traits typiques d’un enfant du Gondor, mais cela était crédible.

– « je vois les personnes dont tu parles. Ils étaient quatre.

– Il me semble, oui. Et si nous rentrions à l’auberge pour en discuter ? Je ne me sens pas bien ici. »

Le trajet de retour vers l’auberge fut au moins deux fois plus long que l’aller, même en marchant d’un bon pas. Shaela guidait, Hirilil la suivait en lui tenant la main, les yeux baissés. Elles firent semblant de ne pas voir les regards interrogateurs des miliciens qu’elles croisèrent près de la fontaine, ni de celui d’Issil qui discutait apparemment affaires avec un bourgeois de la ville, attablé dans la grande salle près de l’escalier qui menait aux chambres.

Ce n’est qu’après fermé la porte en s’adossant contre elle qu’Hiragil put enfin parler. Sharilaa s’était déjà assise sur un tabouret de chêne qui meublait la pièce.

– « Sharilaa, j’ai réfléchi. Il y a déjà plus de trois ans que je suis partie, et le chemin du nord n’est pas celui qu’aurait pris une femme seule. Je ne crois pas qu’ils me cherchent

– c’est probable, d’autant que, si je me rappelle bien, la fouine était cupide, son rejeton aussi. La vengeance est une chose, son coût en est une autre.

– Bien vu. Tu as raison. Mais je ne donnerais pas cher de ma vie s’ils me trouvaient.

– Pourquoi donc ? Tu viens de dire qu’ils ne te cherchaient pas.

– oui, ils ne sont pas là pour moi. Mais tu crois que les jeunes jeune femme de vingt automnes au teint mat, aux cheveux blancs comme la neige et aux yeux froids comme de la glace sont nombreuses ? D’autant que les sergents d’arme survivent plus sûrement aux rigueurs de l’hiver au fond de leur corps de grade chauffé que les paysans dans leur chaumière et que j’ai du laisser derrière moi une émotion certaine. Ils étaient là et ils n’auront pas oublié.

– ils n’auront effectivement pas oublié la fille du Corbeau, répondit l’elfe en acquiesçant gravement. Mais peut être que le fils sera plus attaché à son amour de l’or qu’à son désir de vengeance.

– Mon promis ? Mauvais comme une teigne, et hautain. Il est l’avenir que j’ai fuit en refusant la sécurité des épais murs de pierre. Une moue de dégoût déformant le visage de la gondoréenne venait conclure ces paroles.

– Mais cela ne règle pas le problème de leur présence ici. Que viennent-ils faire à Tharbad ?

– Aucune idée ma belle. Mais je ne crois pas qu’ils soient là pour mesure la hauteur des crues de la Gwathlo.

– Oh ça c’est une surprise ! Sérieusement, tu crois que ce sont des affaires louches ?

– Je ne sais pas. Tu veux aller vérifier ? »

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le roi chêne © Daniel Eskridge

Les héritiers du Cardolan, par l’entremise d’Isaline, ont organisé une soirée conte pour clore le festival de Yule sur Estel. La soirée a réuni plus de 30 participants et auditeurs, dans une grande bâtisse de Khardar-hil. Rassemblés autour de l’âtre dans lequel de grosses bûches flambaient, nous avons partagé et écouté durant toute la soirée des contes rapportés d’endroits éloignés ou de temps reculés. Voici celui que j’ai raconté, un vieux récit de montagnards du nord.

C’était à l’aube du monde, le soleil comme la lune s’étonnaient encore de leur éveil et brillaient haut dans le ciel se disputant parfois pour y rester un peu plus longtemps. En ce temps il n’existait qu’un seul royaume mais deux rois qui chaque année s’affrontaient deux fois pour le gouverner.

Nordotar, le roi Chêne, était vif et vigoureux. Ses yeux verts pétillaient de joie et il s’attelait sans cesse à de grands projets, développant les champs, il cultivait, construisait, il adorait célébrer les mariages et accueillir les nouveaux nés. Toujours de ci de là, on le croisait partout dans son royaume chevauchant un cerf, sa couronne était de feuilles et de glands de chêne. Il portait un long bâton fait de bois de chêne bien sur.
Il aimait plus que tout la clarté du soleil et sa douce chaleur sous laquelle fleurs et plantes resplendissaient et habillaient monts et collines, plaines et champs de rouges de bleus, de jaunes et de verts.
Sous son règne, le royaume était en fête, les tables garnies avec abondance de rires et de victuailles. Tous en profitaient pour chanter, danser, jouer, récolter et s’aimer à corps perdus.
Et au milieu de cette joie on l’entendait chanter :

Viens mon aimée, marchons parmi les plaines
Voir les arbres aux allures de jeunes mariés
Regardes les branches s’enlacer
Et l’eau chanter le souvenir de la neige lointaine
Allons dans les champs mon aimée
Voir le raisin murir sous le soleil
Faisons des fleurs notre lit de merveilles
Et dévorons les fruits de notre amour semé

Eregtar, le roi Houx, était un homme sage, posé. Son regard gris était mystérieux et empli de vieux secrets. On l’appelait ainsi car il portait un manteau de loup gris et une couronne de feuille de houx ainsi qu’un long bâton fait de ce bois.
Il aimait la lumière pâle de la Lune sous laquelle il aimait rêver et penser. Sous son règne, la terre se reposait, blottie dans la nuit. Chaque être du royaume en profitait pour se retrouver avec les siens, nichés près du foyer, contant et chantant de vielles histoires, prenant soin les uns et des autres.
On l’entendait chanter quelque fois :

Rentrons mon aimé car les oiseaux
ont cessé de chanter comme le ruisseau
Allons retrouver notre doux foyer
Ecouter le feu nous conter ses secrets
Viens près de moi ma belle
que je puisse lire ce que la vie a écrit sur ton visage
Que tes lèvres pleines de vie portent en témoignage
Et profitons ensemble de ce moment éternel

Dans ce royaume il n’y avait qu’une reine, belle, majestueuse aux cheveux rouges et au regard bleu comme l’océan. Elle recueillait les esprits perdus, les orphelins, les êtres blessés, les fleurs fanées et leur donnait amour, réconfort et protection. Mais elle savait aussi donner l’ivresse, le plaisir des sens et elle enflammait les coeurs et les esprits.
Eregtar et Nordotar étaient tous deux follement amoureux d’elle. Et la reine les aimait tous deux, l’un pour sa sagesse, sa douceur, sa force paisible, l’autre pour sa vigueur, sa joie et sa folie. Ce fut elle qui décida que chaque année, par deux fois, au moment où les jours s’allongeaient et celui où les jours décroissaient que les rois s’affronteraient masqués dans une danse avec elle. La reine espiègle et connaissant l’âme de ses prétendants, savait que l’un et l’autre seraient portés la joie de voir plus longtemps la Lune ou le Soleil. Elle avait donc choisi ces deux jours où l’un serait triste de savoir qu’il perdrait bientôt ce qu’il préférait tandis que l’autre serait porté par l’allégresse de retrouver la lumière qu’il aimait. Ainsi elle connaissait l’issue de l’affrontement même s’il était toujours possible d’être surprise.

A la veille de l’été, Nordotar, porté par la joie de retrouver la chaleur du soleil et les couleurs des fleurs, transportait la reine dans une danse folle, lui faisant perdre ses esprits et s’abandonner dans ses bras. Eregtar, à chaque fois vaincu ce jour là, se transformait en un grand loup gris qui bondissait hors de l’assistance pour rejoindre la forêt tandis que les premières fleurs s’ouvraient sur son passage.
Mais à la veille de l’hiver, vêtu en noble prince, il revenait de sa retraite. Et la reine dans ses bras retrouvait la sérénité, le repos, et la douce chaleur d’un amour profond et posé, épuisée par l’extravagance du règne précédent. Nordotar, vaincu à son tour, prenait la forme d’un grand cerf, et s’enfuyait dans la forêt tandis que les pétales des fleurs tombaient en pluie sur ses pas.

On dit d’ailleurs que les flocons de neige sont un souvenir de cette pluie de fleur et que Yule célèbre la victoire d’Eregtar. C’est pourquoi chacun accroche le houx mais sans oublier le gui sous lequel on s’embrasse en pensant aux plaisirs partagés sous le règne de Nordotar.

sceau de Sharilaa

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saveurs d’automne

J’ai intitulé ce texte d’Hiragil « saveurs d’automne », où le goût des nuages se mêle aux parfums des champs de la Comté. Un joli texte à découvrir en attendant la suite d' »En allant à Tharbad ».

Sharilaa

Il y avait du vent.

La jeune femme de vingt ans, habillée d’une simple robe de lin écru, était allongée au milieu d’herbes folles, au flanc d’un mamelon accueillant.

L’odeur de la prairie était plus forte, pas autant qu’après la pluie toutefois… non aussi forte mais plus suave et moins riche, moins froide et plus ronde. C’était une odeur agréable, mélanges de plusieurs herbes qu’elle ne connaissait pas et des rares fleurs d’automne aussi, sauf les rouges bien entendu. Cette fragrance était celle de la Comté, sans vraiment que ce soir définissable. C’était elle qui lui disait qu’elle était à la maison, ici, au Jardin de l’Eau.

Au-delà de la colline, il y avait des champs qui avaient été moissonnés deux lunes auparavant. Naturellement, spontanément, le moissonneur s’était mué en gerbeur, puis finalement en charretier avant de retourner à la terre de ses ancêtres, ayant essaimé derrière lui quelques glaneuses éphémères. Les lourds ballots de paille amassés sur le dos de la pauvre carriole avaient fait grincer son essieu courbé par l’effort comme ils arrivaient en haut du chemin sinueux. Ils reviendront l’année prochaine, avec les beaux jours.

Une grive chantait au loin, invisible et pourtant imposant sa présence par ses trilles légères. Quelle vérité pouvait-elle lancer à la face du soleil ? Demandait-elle au vent de la porter jusqu’à un de ces nuages duveteux où elle pourrait se reposer et voyager comme dans un chariot ? jusqu’à l’autre bout du monde, peut être. Elle était libre.

Comme le vent qui soufflait à ses oreilles et qui entrainait dans sa grave mélopée les plus hautes branches des arbres. Il venait animer les crêtes feuillues au profil miroitant de verts contrastés. Il les agitait telle une écume sur les vagues changeantes et immobiles de la frondaison des arbres, dont l’agitation était un ressac diffus et apaisant. Elle qui n’avait connu que le grand océan de l’ouest dans son enfance avait besoins de tels instants de tranquillité pour se remémorer ces jours heureux sous le regard bienveillant de ses parents. Les caresses du vent étaient les mêmes, vivifiantes et douces, le sel en moins.

Les herbes autour d’elle ondoyaient d’un lent balancement qui suivait le souffle aérien. Le balancement onctueux des hautes tiges captivait la jeune femme. En les regardant de plus près, elle vit des insectes qui perpétuaient leur labeur quotidien, insensibles ni au roulis ni au tangage de leur esquif vivant. Comme des pêcheurs dans leurs barques, ils devaient affronter la houle pour puiser dans leur environnement de quoi subsister une journée de plus. Et ils devaient savoir, tout comme eux, qu’un jour l’immensité du continent engloutirait leur vie fragile et sans incidence sur la marche de l’univers, aux voix trop faibles pour approcher l’harmonie sublime du chant de la terre.

Le soleil déclinait et irisait le ciel de roses et d’oranges. Hiragil tendit une main vers le ciel  et mit une rose imaginaire derrière son oreille. Elle leva une nouvelle fois la main vers une nuage rond et amena son poing serré vers sa bouche et fit le mouvement de mordre. Elle sentit presque le jus couler sur son menton. Son rire déchira la moire diaphane de ses rêveries. Elle se dirigea alors vers sa maison dans laquelle un feu commençait tout juste à bruler, une table de fruits et de viande chaude serait déjà dressée.

texte d’Hiragil de Pontis, fille du corbeau

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Sous le soleil exactement

Une petite pause loin des Terres du Milieu bien que…

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Le départ

Un petit attroupement de hobbits curieux s’était formé autour de la caravane. Les préparatifs s’achevaient : derniers conseils, vérification des paquetages, l’attelage des boeufs, mules et chevaux, chacun s’affairait nerveux et enjoué sous l’excitation du départ. Le convoi n’était composé que d’hommes à l’exception de deux hobbits perchés sur une charrette bourrée à craquer d’herbes à pipe et de tonneaux contenant certainement toutes sortes de bières brassées à la Comté. La pipe à la main, fiers, ils contemplaient leurs amis, voisins et curieux qui se pressaient autour d’eux tandis que le doyen du village, la mine grave, tentait une dernière fois de les dissuader d’entreprendre cette folie.
Une petite escorte d’hommes armés avait été recruté par les commerçants, et j’y reconnaissaient d’ailleurs un ou deux visages, des connaissances d’Issil. Le vieux briscard  s’était arrangé pour avoir un homme dans la troupe si ce n’est plus.
Vétue d’une robe de voyage achetée à Bree et arborant ma nouvelle coupe grossière et ratée de cheveux qui avait un seul avantage celui de cacher mes oreilles, je m’approchais repérant Issil et Hiragil près d’une charrette tirée par deux vigoureux chevaux et suivie par un dernier lourdement harnaché des sacs et sacoches. Issil m’aperçut le premier et ses yeux sourirent en me découvrant ainsi fagoté.

– Ah enfin, ma fille ! Tu as vu l’heure ?! Nous allions partir sans toi.
Je réprimais mon sourire devant la comédie d’Issil.
– Excuses moi, père, j’avais un courrier à déposer et quelques pièces à récupérer.
Hiragil se retourna au son de ma voix et replongea aussi vite la tête dans les sacs pour dissimuler son fou rire. Sa réaction confirmait les qualités de mon déguisement.
La charrette qu’avait acheté Issil, comprenait une large assise sur laquelle nous pourrions tenir à 3 ainsi qu’un auvent  recouvrant les marchandises et  qui nous permettrait aussi d’être à l’abri des regards s’il le fallait.
– Tout est prêt ?
– Nous n’attendions que toi.
Issil me confirmait que rien ne manquait. Je pris place sur la charrette et Hiragil, les yeux portant encore les échos de son rire, s’installa près de moi.
-Tu as dormi sur la tête ma soeur ?
Elle eu pour toute réponse la promesse d’un joli bleu sur la cuisse et un sourire.

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Issil

C’est au milieu d’un verger de la Comté que je trouvais Issil. Les arbres étaient en fleurs révélant la magie du printemps. Je l’observais en souriant. Concentré, tout à sa tâche, il greffait des rameaux de pommiers. Outre sa valeur au combat et sa joyeuse bonne humeur, j’aimais Issil pour sa capacité à m’étonner et sa passion pour les choses simples. Il aimait travailler la terre. Je m’approchais et le saluais.
– Sharilaa !
Son sourire explosa et m’irradia instantanément de chaleur amicale.
– Ne t’inquiète pas, je ne torture pas les arbres ! dit il en riant et levant les bras. Qu’est ce qui t’amène voir le vieil Issil ?
C’était vrai, Issil n’était plus le jeune et fougueux compagnon d’arme qui chevauchait à mes côtés dans mes souvenirs. Il s’en rendait compte et je notais une légère pointe d’amertume dans ses paroles.
– Je viens quérir la sagesse du vieil Issil -répondis je en souriant – mais aussi sa valeur et son expérience.
– Oh, alors je suis à toi mon amie. Que puis je faire pour toi ?
– Asseyons nous à l’ombre de ces pommiers que tu maltraites.
Il déposa ses outils et vint près de moi.
– Voilà, Issil, j’ai pour projet de partir pour Long Daer, en Cardolan, avec Hiragil. J’ai besoin de tes connaissances sur la région.
– Long Daer… un nom que je n’ai plus entendu depuis longtemps. Que vas tu faire là bas ?
– Hiragil m’a suggéré de m’y rendre pour cette histoire de chant que j’ai entendu sur Amon Sùl, tu te souviens ? Et son intuition est souvent bonne à suivre.
-Mmmh…. deux femmes, jolies qui plus est, sur les routes du Cardolan. … vous vous exposez aux problèmes.
– Oui, je sais. J’ai l’intention d’intégrer un convoi de marchands et nous faire passer pour des commerçants.
– Bonne idée, j’admets. Bien que tu devras faire preuve de discrétion vu ta condition.
-Bien sur… oui. Je voulais te voir pour t’exposer mon plan et aussi savoir si tu avais des contacts dans cette région sur lesquels nous pourrions nous reposer si besoin.
Issil alluma sa pipe et tira plusieurs bouffées de Longoulet tout en se perdant quelques instants dans ses pensées.
– Il y a longtemps, Sharilaa – reprit il – Je ne sais pas s’ils sont toujours vivants. Le temps passe vite et cette région n’est pas propice à ceux qui souhaitent vieillir tranquillement. Par où veux tu passer ?
– Je pensai descendre le long de la Gwathlo…
– Par Tharbad ! Et jusqu’à Suduri…. voyage dangereux.
– As tu d’autres chemins ?
– Non, à part passer par la côte Est du Cardolan via le Gondor, non. A l’ouest il y a Eryn Vorn et la plaine, cela serait encore plus incertain. Tharbad…Argond… Suduri…. Je connaissais un… une sorte de négociant, si tu vois ce que je veux dire. Je serais surpris qu’il soit toujours en vie. Il menait ses affaires avec Barad Girithlin et Suduri à l’époque… il pourrait être intéressant s’il vit toujours. Et j’avais aussi rencontré quelqu’un près de Balost – un sourire se posa sur ses lèvres et il caressa sa barbe -Enfin c’était il y a longtemps… Elle doit être grand mère – Il éclata de rire – Tu pars quand ?
– D’ici une semaine environ.
Issil tira à nouveau sur sa pipe et plongea son regard pareil à un ciel délavé droit mes yeux tout en gardant le silence pendant de longues secondes durant lesquelles je le revis quand, il y a plusieurs années, il m’avait avoué son amour.
– Je viens.
– Issil, non, la dernière fois que tu m’as accompagnée…
– Tu as failli y rester ! Rappelles toi.
– Oui – dis je en baissant les yeux tout en portant inconsciemment la main sur la blessure cicatrisée.
– Alors laisses moi venir avec vous. Je connais la région. Et ainsi vous pourrez être…. un sourire éclaira son visage… mes filles accompagnant leur vieux père.
Je pris la main d’Issil, la serrait et répondit : Brann mellon nin (1). Tu es vraiment certain ? Et tes pommiers ?
– Ils se porteront  aussi bien sans moi. Bien, donc si tu pars en convoi il va nous falloir des chevaux, une charrette, des marchandises….
Je sortis un bourse et lui tendis.
– Voilà de quoi prendre ce qui te semblera nécessaire.
– D’accord. Je m’occupe de ça.
– Merci Issil.
Ses yeux brillaient déjà par l’excitation et je discernais sa joie, heureux de m’accompagner, une fois encore.

(1) mon noble ami

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La table était couverte de cartes, de parchemins et de livres anciens, à tel point qu’elle semblait prise d’assaut. Les rouleaux se pressaient contre d’énormes volumes, les flammes des bougies telles des tours de guets faisaient danser une armée d’ombres et je m’activais autour comme un général haranguant ses troupes.

Le Cardolan était le centre de mes préoccupations. Une vaste terre sans roi, divisée dont on ne recevait que de rares nouvelles, souvent contradictoires mais toujours inquiétantes.
Hiragil m’avait suggérée de rejoindre Long Daer, l’ancienne cité Numénoréenne proche de l’antique Vinyalondë. Vinyalondë…. batie par Aldarion(1). Je me souvenais des histoires qu’on me chantait enfant. Les reste de cette cité avaient permis à Tar-Minastir et sa puissante armée de débarquer et d’arriver à temps pour soutenir Gil-Galad (2).
Ainsi Hiragil avait peut être raison, Long Daer avait vu les hommes se joindre aux eldars dans leur combat contre Sauron. Y trouverais je quelque chose ? Je décidais de me fier à son instinct.
Mais avant ça, je devais récupérer des informations sur le Cardolan et établir le meilleur chemin pour parvenir sur la côte. Deux voies s’ouvraient : Descendre la Brandevin puis longer Eryn Vorn et traverser les vastes plaines de Minhiriath. Ou partir de l’Eregion, suivre la Gwathlo en passant par Tharbad et rejoindre ainsi Suduri et Long Daer.

Le premier chemin était long et nous obligeait une grande traversée de plaines sans arbres en espérant pouvoir être accueilli dans les divers villages ou forteresses comme Barad Eden, Minas Emrys, et à travers les divers clans de cette régions. Les plaines étaient sillonnées d’innombrables cours d’eau ce qui lui valait son appellation. Nous serions vite reconnaissables comme étant étrangers dans ce territoire déserté et impossible donc de voyager en toute discrétion. Sans compter que les abords d’Eryn Vorn m’inquiétaient.
L’autre était simple, nous laisser glisser le long de la Gwathlo mais nous devrions traverser Tharbad et ses marais inondés au printemps. La route était empruntée par des marchands pour rejoindre les différentes forteresses et villages le long du fleuve. Mais le voyage n’en restait pas moins dangereux, mercenaires, agents, et pilleurs étaient légions. Tharbad était même d’après certains échos sous le jougs de brigands. Par contre nous pourrions prendre l’allure de marchands et espérer nous fondre parmi eux. Le choix était difficile.
Peut être aussi devrais je partir seule, deux femmes sur les routes éveillent les soupçons et aussi l’envie… Seule je pourrais me fondre plus aisément dans mon environnement et voyager plus vite. Mais Hiragil n’apprécierait certainement pas.
Je devais en connaitre plus sur cette région, aussi bien sur sa flore et sa faune que sur sa politique. De plus ces terres étaient aussi sillonnées par les agents de Sauron et du sorcier d’Angmar. Je devais m’assurer de notre route mais aussi des moyens de nous mettre à couvert ou de trouver refuge si besoin était. Issil devait aussi connaitre du monde dans cette région. Il avait patrouillé pour le Gondor à l’Est du Cardolan. Il fallait que je le rencontre pour en parler.

Les deux mains sur la table, penchée sur les cartes, je regardais ce vaste territoire inconnu. Où passerais je ? Que me réservait il ? Et les ombres continuaient leur danse inquiétante comme autant d’avertissements.

(1) « Et naviguant le long des côtes vers le sud, il s’émerveilla à la vue des forêts de haute futaie ; et à l’embouchure de la rivière que les Númenóréens avaient surnommée Gwathir, la Rivière de l’Ombre, il fonda Vinyalondë, le Nouveau Port. » Contes et légendes inachevés : le Second Âge – Aldarion et Erendis

(2) « Le premier signe de l’Ombre qui devait offusquer Númenor survint sous le règne de Tar-Minastir, onzième Roi. Ce fut lui qui manda une puissante armada au secours de Gil-galad. Il aimait les Eldar, mais il les jalousait. » Le Seigneur des Anneaux – Appendice A

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La Comté

 

Le vent avait cessé. Le temps était tiède et calme. La lumière du soleil se déversait dans la chambre et éclaboussait les murs d’ombres et de scintillements. Je me laissais bercer par le chant de la rivière qui semblait fait de rires poussés par une cohorte d’enfants turbulents. Le printemps s’installait avec ses promesses parfumées et une douce chaleur.
Clouée sur mon lit, je passais ma convalescence en Comté. Hiragil avait insisté pour que je récupère chez elle. J’étirais mas jambes, m’imposant quelques mouvements pour détendre les muscles mais la la douleur, une fois encore, me rappela sévèrement à l’ordre.
J’abandonnais pour reprendre ma méditation. Si je ne pouvais pas bouger autant me laisser porter par les rêves. Ces derniers mois avaient été riches en événements et ma vie avait subi une transformation radicale. Je me languissais de mon peuple et ma forêt, mais la Comté restait une alternative agréable et paisible.
Mon esprit suivait la douce mélodie de l’eau qui coulait non loin de la maison, s’enveloppant dans le passé, parcourant les siècles et les espaces. Nombres de sourires s’épanouirent, des amis perdus, des rencontres fugaces, ma soeur, mes parents. L’odeur de la forêt au printemps, sa fraîcheur et ses fleurs dont elle s’habillait. Ces rêves se succédèrent jusqu’à ce que j’entende ce chant inconnu. J’étais une fois de plus sur le sommet d’Amon Sùl, dans le vent tandis qu’explosait à l’horizon le crépuscule. Baignée dans une lumière d’or, j’entendais la mélodie. Mon coeur se serra et me demanda une fois de plus de retrouver ce chant, une demande impérieuse qui m’étreignit. Mais quel chemin suivre ? A Imladris je n’avais trouvé que de vagues allusions à celui ci, comme les bribes d’un rêve dont on ne perçoit qu’un lointain écho une fois éveillé.

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